5 lettres autographes signées

- Estimation2500 - 3000 €
- SpécialitéAutres thèmes
- ThèmeCéline
Enchérir sur ce lot
Estimer un objet similaire
1947-1955.
– Lettre autographe signée « LFCéline » à un « cher ami ». [Danemark], 22 juillet 1947. « Mais je pense bien [… ] que je me souviens de vous et de votre famille, et de cet hiver atroce ! et notre effroyable condition à tous. Il faut avoir passé par notre calvaire pour ressentir tout ce que nous ressentons… Merci pour cet article espagnol. Je ne crois pas que son auteur sache que l'exil n'est pas tout. J'ai fait 1 mois de cellule-réclusion, dans la prison qui passe pour être la plus sévère d'Europe… ! [… ] Je ressors en loques, crevé. Les choses se sont améliorées mais rien n'est fixé encore… Nous n'avons pas l'avantage ici de pouvoir gagner notre vie. Il est déjà bien joli qu'on ne nous livre pas, après tout c'est l'essentiel… » (1 p. 3/4 in-folio). Le destinataire est probablement un homme qui fit partie des exilés français de Sigmaringen durant l'hiver 1944-1945, et qui gagna ensuite l'Espagne.
– Lettre autographe signée « LFCéline » au même. [Danemark], 5 septembre 1947. « Cher ami, nous nous retrouverons sans doute au Ciel, si nos épreuves comptent, mais au présent ou dans le proche avenir hélas, trop de haines, trop de cadavres dressent leurs murs… Il faudrait un César, un Henri IV pour rabibocher notre pauvre pays ! Où sont-ils ? Vous seriez bien gentil de m'envoyer l'adresse d'Abel Bonnard, si vous pouvez la découvrir soit en Espagne soit au Portugal. J'ai soigné sa mère et lui-même. J'avais pour lui beaucoup d'amitié. Un esprit magnifique et bien de la grandeur et du stoïcisme et nulle haine – qu'est-il devenu ? Notre sort ici est misérable bien sûr, et ne changera guère… Je suis prisonnier sur parole, c'est-à-dire otage !… J'ai surtout bien souffert de a réclusion… Je m'en relève mal. AUCUN MOYEN DE GAGNER NOTRE VIE – C'EST DEJA MIRACLE DE NE PAS ETRE BOUCLE. NOUS VIVONS SUR UN FIL ! Quant à éditer, mon Dieu, sauf en Amérique et encore !… Non l'excommunication est majeure ! Et je le crains : de vie durant ! Pour ce qu'il en reste ! [… ] » (2 pp. in-folio).
– Lettre autographe signée « Ferd. » à Évelyne Pollet. [Danemark, 1948]. « Chère Évelyne, voici tout le dossier [probablement son mémoire apologétique « Réponse aux accusations… »], mais ne faites aucun effort en ce moment en ma faveur. Je suis au mieux de ma condition possible, c'est-à-dire prisonnier sur parole, après 17 mois de réclusion. Mais J'AI TOUJOURS AU DERRIERE UN MANDAT D'ARRET EN VERTU DE L'ARTICLE 75 (A MORT) que mes ennemis se sont chargés de me faire dépêcher, et qui ne sera jamais levé de mon vivant [l'article 75 du Code pénal condamne les faits d'intelligence avec l'ennemi]. ÉVIDEMMENT, JE SUIS RUINE, tout gain m'est interdit. Je vis de ventes de babioles et des dernières économies. C'EST LA MISERE. C'est bien ainsi qu'on le veut. L'EDITION M'EST INTERDITE EN FRANCE ET MEME EN SUISSE. PEUT-ETRE EN AMERIQUE… Il y a bien des gens encore plus malheureux que moi. Il faut rire de tout. Je m'efforce. JE TRAVAILLE A FEERIE POUR UNE AUTRE FOIS. On verra. Venir ici, certes. Quand vous le pourrez, mais c'est si cher les voyages. ET PUIS VOUS ETES SI DIABOLIQUEMENT ET FUTILEMENT JALOUSE, CHERE ÉVELYNE ! D'UN VIEILLARD AU SURPLUS ! ET QUI NE DEMANDE QU'A RIGOLER ! Je vous embrasse bien… Et bien mille fois merde pour ceux qui ""ouvrent"" cette lettre ! » (2 pp. in-folio, marge basse un peu effrangée avec fentes, quelques mots retouchés d'une autre main). Lettres, n° 48-114. Sur Évelyne Pollet, voir ci-dessus le n° 6.
– Lettre autographe signée « LFCéline », [à Paul Marteau]. « Le 5 » [Danemark, mars 1950]. « Vous me pardonnerez d'avoir été si long à répondre à votre si aimable lettre… J'ai été un peu ahuri en plus de mon état plus que rhumatismant et plus que vaseux de la tête et des nerfs. Cette condamnation m'a foutu quand même un sale coup de bambou que je supporte mal, je l'avoue. Les avocats et amis ont été admirables et longuement actifs mais la haine et le mensonge ont gagné quand même, finalement. Et quel climat nous avons depuis 6 mois ! Surtout qu'on ne peut y échapper, sauf pour Fresnes ou au mieux se faire assassiner comme Denoël au coin d'une rue. C'est un sombre avenir pour ce qu'il en reste ! Votre mère va-t-elle mieux ? OH J'AI ETE GRAND SPECIALISTE DES MALADES TRES AGES, JE SUIS DOUE D'UN ACHARNEMENT A FAIRE CONTINUER LA VIE, PEU COMMUN. J'aimais avec passion faire durer un vieillard, un an, un mois, un jour, une heure de plus, ma dernière malade fut Mme Bonnard, 93 ans, la mère d'Abel, à Sigmaringen. Je la visitais 3 ou 4 fois par jour et nuit. Je l'ai tenue en vie, dans quelles conditions ! pendant 8 mois ! Elle est morte d'une chute, dans sa chambre, d'une toute petite imprudence. Je n'ai perdu qu'elle à Sigmaringen. OH J'AI ETE BIEN DES CHOSES, IL PARAIT, TRES DOUTEUSES… MAIS JE SUIS SUR D'AVOIR ETE UN ACHARNE MEDECIN [… ] » (2 pp. 3/4 in-folio, trace d'onglet, quelques fentes dont deux restaurées). Céline, comme l'écrivain et ministre de Vichy Abel Bonnard, avait fait partie des exilés de Sigmaringen. Il s'inspira de cette expérience pour écrire son roman D'Un Château l'autre. Sur Paul Marteau, voir ci-dessus le n° 22.
– Lettre autographe signée « Destouches » à une « chère Madame ». Meudon, 16 novembre 1955. « JE VOUS SUIS BIEN RECONNAISSANT D'AVOIR PENSE A MOI, REEL HYGIENISTE. Je ne lirai pas votre livre, soyez assurée, en dilettante… Vous touchez à un problème que je connais, je crois bien… et sous toutes les latitudes. L'une des façons qu'a notre civilisation (grand mot !) d'en finir… » (1 p. 3/4 in-8, en-tête professionnel comme médecin imprimé à son nom et à son adresse de Meudon). De 1924 à 1927, Céline fut employé à la section d'Hygiène de la S.D.N., et remplit plusieurs autres missions financées par le même organisme jusqu'en 1931.