Americana

Jamais pareille découverte, comme celle des Amériques à la fin du XVème siècle, n’avait eu autant l’effet d’un bouleversement. Bien que l’existence d’une « terre ferme » à l’ouest de l’Europe ne date pas des premiers voyages de Christophe Colomb (1451 – 1506). En effet, les recherches récentes tendent à prouver que des navigateurs scandinaves ont arpenté les côtes de l’Amérique du Nord au Xème siècle de notre ère. Cependant, en cherchant à ouvrir une nouvelle route vers les Indes, le navigateur génois a jeté les bases a d’innombrables découvertes dans les actuelles Amériques.

Les singularités d’une nouvelle humanité au temps des grandes découvertes au Nouveau Monde

Bien que les premières expéditions vers les Indes occidentales à la suite des premiers rapports de Christophe Colomb aient été motivé par des raisons économiques, les motifs religieux des navigateurs européens sont alors nombreux. En effet, l’Homme du Moyen Âge croit en l’existence d’un « Paradis terrestre » avancé par les textes bibliques. Cette terre mythique est largement interprétée par la littérature médiévale si bien que Christophe Colomb est persuadé de faire face à une contrée divine dont la luxuriance et la quiétude de sa nature dépassent tous les entendements. Les érudits et théologiens d’alors sont nombreux à confirmer ses découvertes car le « jardin de l’Eden » se trouve « à la toute fin de l’Orient ».

Les légendes médiévales touchant les créatures mythiques et fantastiques sont connues à la fin du XVème siècle. Déjà les textes d’Hérodote, de Pline l’Ancien mais encore de Marco Polo recèlent de géants, d’acéphales (hommes démunis de tête) mais aussi de cynocéphales (créatures à tête de chien ou de loup). Bien que ses témoignages peuvent nous paraître fantaisistes, il est nécessaire de comprendre que les premiers européens en « terra incognita » ne pouvaient pas réellement échapper à la culture médiévale de la créature merveilleuse parachevant la beauté de la Création divine. En effet, comment dans une société médiévale, pouvons-nous discerner les nouvelles espèces animales des anciennes sinon en les rapprochant des créatures mythiques ? Pourtant Colomb, dans une lettre adressé à Luis de Santángel (1435 – 1498), proche conseiller de l’explorateur, explique que : « Jusqu’à présent, je n’ai pas rencontré dans ces îles des hommes monstrueux, malgré ce qu’en pensent de nombreuses personnes ». Des doutes de plus en plus persistants, quant à la véracité des animaux et peuples légendaires, parsèment les esprits des explorateurs.

Bien que les premiers témoignages des peuples du Nouveau Monde soient peu précis, ils ont le mérite de figurer parmi les premières paroles relatant un « choc exotique » entre les Européens et les peuples qu'ils appelaient « sauvages ». Dans une lettre de 1500, Amerigo Vespucci (1454 – 1512) s’attarde sur la description de l’apparence de ces peuples : « Ils étaient différents de par leur nature car ils n’ont pas du tout de barbe, ils ne portent aucun vêtement et les hommes comme les femmes vont comme ils sont sortis du ventre de leur mère ne cachant pas leurs parties honteuses ». Le même explorateur, deux années plus tard, fait la description des cérémonies anthropophagiques des hommes du Nouveau Monde faisant l’état de contrées « emplies de méchants sauvages » mangeurs d’hommes.

La colonisation des Amériques : un concours entre les nations occidentales aux XVIIème et XVIIIème siècles

Poussées d’abord par des motivations évangélisatrices, les nations européennes ne cachent pas leurs ambitions colonisatrices et économiques en se lançant vers les Amériques. D’abord considéré comme « terra nullius », le Nouveau Monde est partagé entre les deux puissances coloniales de la fin du XVème siècle par le traité de Tordesillas (7 juin 1494). Là, l’Espagne comme le Portugal conviennent d’une découpe méridionale des Amériques. Les Espagnols sont les premiers à s’établir dans les Indes occidentales : les Antilles forment alors le point d’attache de la couronne de Castille.

Les stratégies coloniales des deux puissances sont bien différentes : là où l’empire colonial lusitanien va établir une myriade de comptoirs maritimes, le royaume d’Espagne va s’étendre dans les terres. Cette première conception politique explique pourquoi le Portugal va se pencher sur l’exploration de l’actuel Brésil que très tardivement au XVIème siècle. Les motivations d’une telle conquête de territoire s’explique par différentes raisons. Cependant, nous pouvons en déduire que la « soif de l’or », des ressources et des épices en est la principale. La conquête du métal jaune est telle qu’elle transcende les œuvres européennes aussi bien scientifiques que populaires. Le mythe le plus persistant est sans équivoque celui de l’Eldorado.

Les autres nations européennes se lancent également à la découverte de nouvelles terres inconnues comme la France avec Jacques Cartier (1491 – 1557) découvrant le Canada et le golfe du Saint-Laurent en 1534. Les Anglais et les Néerlandais accostent et se disputent les côtes de l’Amérique du Nord (à savoir la Virginie). Les Espagnols renforcent leurs positions en Floride et dans la baie du Mexique. Du milieu jusqu’au XVIIIème siècle, la région des Antilles est la mieux connue des occidentaux si bien que de nombreuses relations évoquent les voyages et aventures dans ses chapelets d’îles. (rare exemplaire du livre « Recueil de divers voyages faits en Afrique et en l’Amérique» vendu le 27 avril 2018 pour 1.500€). L’effervescence économique dans les îles des Antilles espagnoles, françaises, hollandaises comme anglaises attire la convoitise des pilleurs si bien que l’Amérique centrale devient un des centres les plus importants de la piraterie maritime (exemplaire de l’« Histoire des avanturiers flibustiers» d’Exquemelin vendu par Alde pour 1.125€ le 27 avril 2018).

CHABERT DE COGOLIN (Joseph-Bernard de). Voyage fait par ordre du roi en 1750 et 1751, dans l'Amérique septentrionale, pour rectifier les cartes des côtes de l'Acadie, de l'Isle-Royale et de l'Isle de Terre-Neuve. Paris, Imprimerie royale, 1753.

Édition originale de cette importante relation de voyage sur les côtes de l’Acadie. L'ouvrage est divisé en deux parties : la première contient la relation du voyage de l'auteur de Brest à Louisbourg et de ses quatre expéditions sur les îles et côtes voisines, et la seconde, les observations astronomiques qu'il fit au large, lesquelles sont réputées pour leur exactitude.

« Une planche et 6 grandes cartes donnent à cet ouvrage estimé un grand intérêt pour la géographie du Canada », écrit Chadenat.

Ce livre ancien a été vendu aux enchères pour 4 500 euros.

Le perfectionnement des sciences au XIXème siècle : un bouleversement dans la vision du Nouveau Monde

Le XIXème siècle est central dans la compréhension de l’Amérique moderne. Dès le début de ce siècle, de grands bouleversements politiques changent les rapports de force entre les nations du Vieux Continent et le Nouveau Monde. Déjà dans la dernière moitié du XVIIIème siècle, les colonies anglaises d’Amérique septentrionale font cessation de la Couronne en 1776 au terme d’une guerre coloniale de sept années. Les provinces latines d’Amérique du Sud s’affranchissent peu à peu du jouc de l’Espagne sous l’impulsion de Simón Bolivar (1783 – 1830). Cette révolution totale des liens entre les pays de part et d’autre de l’océan Atlantique amène à une refonte totale de l’industrie des Amériques et des institutions (exceptionnel exemplaire du livre de « De la démocratie en Amérique» de Tocqueville vendu par Alde pour 56.250€ le 27 septembre 2018).

C’est également à cette époque que les terres les plus reculées des Amériques se font connaître. Les premiers occidentaux s’aventurent dans les déserts du Nord-Ouest des États-Unis par-delà la « Frontier » et les premiers relevés précis des monts de la cordillère des Andes et des étendues de l’Amazonie livrent leurs secrets. Les sciences se perfectionnent considérablement et l’Amérique fait figure de « laboratoire à ciel ouvert » des disciplines zoologique, géologique et archéologique. Le naturaliste anglais Charles Darwin (1809 – 1882) élabore et perfectionne sa « théorie de l’évolution» en Amérique du Sud changeant à jamais les recherches paléontologiques (exemplaire de « De l’Origine des espèces» vente par Alde le 24 juin 2021 pour 6.250€). Aussi, les archéologues américains, anglais, français mais aussi allemands poussent leurs recherches sur les civilisations précolombiennes inconnues de la Mésoamérique. Les civilisations mayas, aztèques et incas livrent peu à peu leurs secrets et connaissent une popularité grandissante en Europe.

Les Amériques sont, pour finir, des terres lointaines qui, depuis le XIXème siècle attirent une population toujours plus importante. Les voyages pittoresques en Amérique latine alimentent les rêves et l’imagination (du « Mexique en 1823» par Bullock vendu par la maison Alde le 27 avril 2018 pour le prix de 2.000€. Très grand collectionneur, Bullock a accumulé des objets, sur le modèle des antiquaires. Ce n'est cependant qu'après la dispersion aux enchères de sa collection de 32 000 pièces, en 1819, qu'il se mit réellement à voyager : un séjour au Mexique destiné à lui faire acquérir des mines d'or et d'argent abandonnées se traduisit de nouveau par une accumulation d'objets, qui furent présentés de nouveau à Londres sous le nom de Musée mexicain (New Mexico).

Le Mexique en 1823, ou relation d'un voyage dans la Nouvelle-Espagne de William Bullock

BULLOCK (William). Le Mexique en 1823, ou relation d'un voyage dans la Nouvelle-Espagne, contenant des notions exactes et peu connues de la situation physique, morale et politique de ce pays. Précédé d'une introduction, et enrichi de pièces justificatives et de notes, par Sir John Byerley. Paris, Alexis-Eymery, 1824. 2 volumes in-8 et un atlas in-8 oblong, cartonnage de papier crème, plats des volumes de texte ornés de décors géométriques imprimés en noir, titre gravé sur le plat supérieur de l'atlas, dos lisses, non rogné (Reliure de l'éditeur).

Édition originale de la traduction française, parue la même année que l'originale anglaise.

L'atlas renferme vingt-et-une planches coloriées, lithographiées par Marlet, dont un portrait de l'auteur, deux plans dépliants de Mexico, dix vues, six planches de costumes et de sculptures aztèques.

Estimé par ALDE, ce rare livre illustré a été vendu 2000 euros.

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CHARLEVOIX (François-Xavier de)

Histoire du Paraguay

Adjugé : 1000 €