À la recherche du temps perdu. Paris, Bernard Grasset [puis]

- Estimation10000 - 12000 €
- SpécialitéÉditions originales littéraires du xix au xxi siècle
- Thème20
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Gallimard, 1913-1927. 7 tomes en 13 volumes, le premier in-12 et les autres in-8, chagrin bleu, bordures extérieures des plats mosaïqués en chagrin bordeaux et ornés de deux filets dorés terminés de part et d’autre par un triangle doré, dos à quatre nerfs mosaïqués du même chagrin se prolongeant sur les plats avec un décor identique, tranches dorées, couverture et dos (M. Bernard, 1926-1928).
Édition originale.
Du côté de chez Swann est en tout premier tirage, avec la faute à Grasset, la date de 1913 sur la couverture, l’absence de table et les fautes signalées par Max Brun. À l’ombre des jeunes filles en fleurs est sur papier d’édition, avec le bon achevé d’imprimer et sans mention d’édition. Les volumes suivants sont sur vélin pur fil.
Exemplaire de Maurice Rostand comportant cet envoi autographe signé de l'auteur dans Du côté de chez Swann, sur la garde de papier grisâtre précédant le faux-titre :
à Maurice Rostand,
son admirateur, son ami
Marcel Proust.
Cher ami je reçois votre télégramme. Mais non, aucun de mes sentiments n’a changé et vous ajoutez encore à ma gratitude.
Fils aîné d’Edmond Rostand et de Rosemonde Gérard, Maurice Rostand (1891-1968), poète, dandy et homosexuel assumé, fut une importante figure mondaine du début du siècle, mais aussi, selon ses termes, l’« un des premiers à saluer le génie de Proust » (Confession d’un demi-siècle, p. 173).
Il n’avait que vingt-deux ans lorsqu’il fit sa connaissance, au début de l’année 1913, et se lia d’amitié avec lui malgré l’écart d’âge de vingt ans qui les séparait. Proust l’avait invité à dîner chez Larue, en compagnie de Marie Scheikevitch, puis chez lui, dans sa chambre, où il lui lut les premières pages de la Recherche, encore à l’état de manuscrit. Cette lecture laissa le jeune homme comme foudroyé : « Quelle minute d’une vie qui en connut d’inoubliables ! [… ] Tout de suite, je saisis ce qu’était le génie de Proust et mon admiration pour lui n’a pas bougé », écrivait-il en 1948 (ibid., pp. 169-174).
« Je ressortis de chez Proust, ébloui, grisé ; je ne cessais de parler de lui à tout le monde, de faire partager mon admiration. » Proust étant en quête d’un éditeur pour Du côté de chez Swann, Maurice Rostand obtint de son père qu’il le recommande à Eugène Fasquelle, son éditeur, et il lui écrivit lui-même pour le convaincre de le publier, en vain.
En décembre 1913, peu après la parution de Swann chez Grasset, Maurice Rostand en publia un « éloge frénétique » (J.-Y. Tadié) dans la revue Comœdia – une recension si dithyrambique que Proust eut des scrupules à l’envoyer à ses amis, tout en lui sachant gré de son enthousiasme : « ce que je lui dois est innombrable et inestimable », écrit-il dans une lettre (Kolb, XIII, 164).
Précieux reliquaire de l'indéfectible admiration de Maurice Rostand pour la Recherche et son auteur, dont il écrivait trente-cinq plus tard : « Son génie était tout entier dans Swann, et c’est un honneur d’avoir été un des premiers à en recevoir la lueur ! »
Enfin, il faut noter qu'en 1926, Suzy Proust, la nièce de Marcel, épousa Gérard Mante, cousin germain de Maurice Rostand, qui fut dès lors apparenté au défunt auteur de la Recherche.
Séduisante reliure Art Déco réalisée à l'époque par Marguerite Bernard.
Active de 1922 à 1939, cette élève de Noulhac et de Cuzin se vit décerner la médaille de bronze à l'Exposition des Arts décoratifs de 1925.
Les exemplaires de la Recherche en reliure originale signée strictement d'époque sont rares et recherchés.
Tome I : couverture lacunaire, second plat quasi absent ; feuillet de garde portant l'envoi jauni, comme toujours avec ce papier ; manque latéral avec perte de texte aux pp. 469-470. Tomes III et IV intervertis par le relieur, à l'exception des feuillets liminaires. Menus frottements et taches aux reliures, quelques rousseurs.
Max Brun, « Contribution à l'étude des premiers tirages de l'édition originale de "Du côté de chez Swann" », Le Livre et l'Estampe, n°45/46, 1966, pp. 5-39.