Le Désespéré










- Estimation3000 - 4000 €
- SpécialitéÉditions originales littéraires du xix au xxi siècle
- ThèmeXix
Plus d'informations sur ce lot ?
Estimer un objet similaire
Paris, A. Soirat, 1886. In-12, bradel percaline brune orné de motifs peints en vert et noir, non rogné, couverture, chemise et étui postérieurs gainés de maroquin noir (Reliure de l'époque).
Édition originale.
Il s'agit de la première édition de l'ouvrage mise dans le commerce et la seule avouée par l'auteur. Elle a été imprimée peu de temps après l’édition Tresse & Stock, que son éditeur dut remiser jusqu'en 1893, du fait d'un différend avec Léon Bloy (Stock avait exigé de faire cartonner une violente attaque contre le directeur du Figaro, ce que l'auteur refusa avec intransigeance). Léon Bloy obtint donc de Soirat l'impression d'une édition conforme à son manuscrit, qui parut la première. Elle est datée de 1886 sur le titre et de 1887 sur la couverture. Elle n'a pas été tirée en grand papier.
Premier roman de Léon Bloy, largement autobiographique, Le Désespéré transpose dans la fiction le drame vécu entre Bloy et Anne-Marie Roulé, une relation où la sensualité est peu à peu effacée par le mysticisme.
Précieux exemplaire offert par Léon Bloy à Huysmans avec cet exceptionnel envoi autographe signé :
À mon ami J. K. Huysmans
Et maintenant… crevons !
Léon Bloy
C'est en 1891, à la parution de Là-Bas, que Léon Bloy se brouilla définitivement avec Huysmans, auparavant son ami intime. Voici ce qu'il écrit à cette occasion à Léon Deschamps, le directeur de La Plume : « Le livre de Huysmans est fait avec toutes les loques d'idées que je lui ai fournies depuis six ans. Non seulement il m'a volé ma pensée, mais il l'a odieusement travestie et prostituée… » Et, dans l'avant-propos de Sur la tombe de Huysmans, en 1913, il note : « les tristes livres qu'il a laissés n'ont même plus leur ancien pouvoir d'ennuyer, tellement ils sont devenus indéchiffrables… »
L'exemplaire est enrichi d'une belle lettre autographe signée de Léon Bloy envoyée à Huysmans pendant l'écriture du Désespéré (datée Fontenay, mercredi [s.d.], 2 pp. in-8 repliées en tête du volume) :
Mon cher,
À Decazeville, dans l’Aveyron, il y a une montagne brûlante, aussi étonnante pour le moins que le Vésuve & qui n’a pas obtenu, je ne sais pourquoi, la célébrité qu’elle mérite. C’est un prodigieux bloc de houille en ignition depuis des siècles. Dans la nuit, on en aperçoit la rougeur de plusieurs lieues & on est toujours averti de son voisinage par l’élévation extraordinaire de la température. Ce souvenir me saute à l’esprit comme une image sensible de l’Année climatérique, dont les brûlantes approches commencent à se faire sentir. J’ai reçu divers signes. En voici un que je vous défie de mépriser.
Les millionnaires de Fontenay commencent à venir chez moi pour me demander, les larmes aux yeux, ce qu’on pourrait bien faire pour moi. Une femme m’apporte des vêtements et des victuailles de toute espèce. Un monsieur que j’ai vu hier pour la première fois, m’assure cent francs par mois jusqu’à ce que j’ai fini mon livre. Il a appris que l’auteur du Pal faisait un livre et il veut absolument que ce livre se fasse. Et tout cela n’est rien auprès de ce qu’on laisse entrevoir. En retour, on exige simplement le don de mes deux premiers livres qu’on s’afflige d’ignorer. Donc, voyez si vous pouvez passer chez Tresse. Le bon Stock, charmé d’apprendre que mon roman se conditionne, vous donnera pour moi deux exemplaires des Propos, que je prendrai chez vous dimanche soir. Si vous ne pouvez aller chez Stock, avertissez-moi d’un mot. Dans ce cas, je m’arrangerais pour courir à Paris, samedi.
Je vous le dis avec confiance : Espérez ! Mais il faut passer l’hiver et le Vent souffle de Normandie, furieusement. Cette parole insensée, vous la comprendrez, je crois, l’an prochain.
Votre Léon Bloy
10, rue du Plessis Piquet
PS : Il est inutile, en ce moment, que je passe pour un aliéné. Cette lettre est donc pour vous seul, et pour Landry, si vous le rencontrez.
La relation d'amitié unissant Léon Bloy et Georges Landry prit fin au moment de la rupture avec Huysmans, qui était aussi un ami proche de Landry.
On joint un feuillet manuscrit intitulé Clef du Désespéré livrant, sur deux colonnes, la véritable identité de vingt-quatre personnages du roman : Paul Bourget, Catulle Mendès, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, etc.
Charnière supérieure fendue, quelques légères rousseurs, coupures dans les plis de la lettre.