Collection Michel Wittock VI

jeudi 12 novembre 2015 à 14h30
Salle Rossini 7 rue Rossini 75009 Paris
Images du lot disponibles
11
Estimation
12,000 - 15,000 euros
Specialité
Autres thèmes
L'Office de la Vierge Marie, à l'usage de l'Eglise catholique, apostolique &...

L'Office de la Vierge Marie, à l'usage de l'Eglise catholique, apostolique & romaine, avec les vigiles, pseaumes graduels, penitentiaux, & plusieurs prieres & oraisons. Paris, Jamet Mettayer, 1586. Grand in-4 (283 x 200 mm), maroquin citron, triple filet doré, champ orné d'un semé doré répétant un chiffre (lettres Φ et Δ disposées en étoile) cantonné de S fermés dans un treillis losangé de filets et mains-de-foi, écoinçons en quart de cercle, réservés sur le champ et cernés d'une roulette feuillagée, comprenant le même monogramme cantonné de S fermés en grand module, armoiries dans un grand ovale central, dos lisse orné de même, coupes décorées, tranches dorées (Reliure parisienne de l'époque).

Magnifique édition de ce célèbre office de la vierge connu sous le nom d'Heures du roi Henri III.

Imprimée en rouge et noir « par le septième typographe honoré du titre d'imprimeur du roi, écrit Alès, en caractères romains bien espacés et d'un gros œil », l'édition est ornée d'une remarquable illustration gravée en taille-douce, comprenant une vignette sur le titre et dix-huit jolies figures dans le texte, dont quatorze à pleine page, non signées, hormis le Couronnement de la Vierge (f. 63), par Rabel, et la Crucifixion (f. 158), qui porte le monogramme AB.
Exemplaire réglé.

Précieuse et riche « reliure d'amour » aux grandes armes de Piney-Luxembourg réalisée pour François de Luxembourg et Diane de Lorraine, sa première épouse, dont le chiffre entrelacé et mêlé d'emblèmes de la fidélité est semé sur les plats et le dos du volume.
Cette provenance est d'une insigne rareté.

François de Luxembourg (v. 1546-1613) est un gentilhomme tenu en grande estime à la cour de France. Conseiller d'Henri III, il est comblé d'honneurs par son souverain, qui érige la baronnie de Piney dans l'Aube en duché en 1576, puis en pairie en 1586, et celle de Tingry en principauté, le fait chevalier du Saint-Esprit dès la création de l'ordre, l'envoie comme ambassadeur auprès du pape à Rome en 1586. Il est par ailleurs certain qu'il joua un rôle dans la conversion d'Henri IV au catholicisme et dans la négociation avec le Saint-Siège de son remariage. (C'est à Marie de Médicis, d'ailleurs, qu'il vendit en 1612 son hôtel parisien situé rue de Vaugirard, l'actuel Petit Luxembourg, avant de se retirer dans son château de Pougy).
En 1576, François de Luxembourg avait épousé en premières noces Diane de Lorraine-Aumale, la fille de Claude de Lorraine. En faisant frapper leurs chiffres respectifs entrelacés, un Φ pour François et un double Δ pour Diane, sur cette luxueuse reliure emblématique recouvrant un Office de la Vierge publié en 1586, François de Luxembourg a sans doute voulu commémorer son élévation à la pairie et, par la même occasion, ses dix années de vie conjugale. En témoignent ces fers symboliques répétés dans le décor de la reliure : le S fermé qui signifie fermesse d'amour ou fidélité et les mains unies, ou mains-de-foi, autre attribut de fidélité. Fidélité qu'évoque encore le chiffre des époux, lu phi-delta pour fidelitas ou fedeltà.

Une reliure quasiment identique fut réalisée pour le Pseautier de François de Luxembourg, publié la même année par Jamet Mettayer, de la collection Michel Wittock (vente III à Paris, 7 octobre 2005, lot 43, ill.).

L'originalité du décor emblématique et la qualité de la dorure permettent de croire que ces deux reliures ont été exécutées dans un des meilleurs ateliers parisiens du temps, peu après la sortie de presse des volumes.
De la bibliothèque des ducs Charles II et Robert Ier de Parme (ex-libris, vente à Paris, 30 mai 1932, lot 222, ill.). Conservée au château de Weistropp en Saxe, la bibliothèque du comte de Villafranca – titre de courtoisie de Charles-Louis de Bourbon-Parme (1799-1883), duc de Parme de 1847 à son abdication en 1849 – renfermait quelque 5500 livres précieux, dont les deux tiers étaient des ouvrages de liturgie ou d'histoire religieuse. À la mort de Charles-Louis de Bourbon, sa bibliothèque fut transportée au château de Schwarzau am Steinfeld, en Autriche, où elle échut à son petit-fils, Robert de Bourbon-Parme (1848-1907), dernier duc souverain de Parme déposé en 1859.
Dans le catalogue de la bibliothèque du comte de Villafranca, Anatole Alès prête assez curieusement les armes de cette reliure à Henri III (Bibliothèque liturgique… Charles-Louis de Bourbon, comte de Villafranca, Paris, 1878-1884, n°194). Cette attribution erronée se retrouve dans le catalogue de la bibliothèque des ducs de Parme rédigé par Hanns Bohatta (Katalog der liturgischen Drucke der XV. und XVI. Jahrhunderts in der herzogl. Parma'schen Bibliothek in Schwarzau am Steinfeld, Vienne, 1909, n°354).

De la bibliothèque Étienne Beauvillain (ex-libris, vente anonyme à Paris, 13 octobre 1993, lot 103).
La reliure est conservée dans un étui de maroquin vert signé de Lortic, probablement réalisé pour Charles-Louis de Bourbon, titré au dos : Heures à l'usage de Rome.
Quelques très discrètes restaurations, charnières fendillées, gardes et tranchefiles renouvelées. Exemplaire légèrement bruni, mouillure marginale et menus défauts intérieurs.
Bohatta : Livres d'heures, n°223 – Lacombe, n°485.
Hobson : Fanfare, n°303.
Expositions : Cinq siècles d'ornements, n°47 – Une vie, une collection, n°8.

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