Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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150 - 200 euros
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BLOCH (Jean-Richard). 6 missives autographes signées, soit 5 lettres et une cart...

BLOCH (Jean-Richard). 6 missives autographes signées, soit 5 lettres et une carte, adressées à Élie Faure. 1922-1937.

Belle correspondance littéraire de cet écrivain socialiste qui prônait un « art révolutionnaire », engagé. Il fut un des fondateurs, avec son frère Pierre Abraham, de la revue Europe, et dirigea avec Louis Aragon le quotidien Ce Soir.

– La Mérigote à Poitiers, 11 octobre 1922. « Coup droit, ce matin. Votre livre [L'Arbre d'Eden]. Coup à l'esprit : toute cette riche nourriture animatrice en perspective. Coup au cœur : cet excellent ami qui continue à admettre en moi le plus exécrable correspondant... J'ai achevé en août en Berry, chez nos vieux amis, à récrire de la première à la dernière ligne la comédie héroïque que je venais d'achever. Aussi je crois maintenant que ça se tient. (Savez-vous, à ce propos, que l'admission ferme de mon autre pièce, par Copeau, en avril, se mue, sur son programme d'octobre, en simple admissibilité ? Je suis partagé entre le dégoût, la fureur et le découragement. Mais basta !). Septembre devait être mon mois de repos. Je suis arrivé à m'y coller une crise hépatique... Elle m'a pris au cours d'un voyage à pied que je faisais avec un Autrichien qui vous admire beaucoup. C'est mon traducteur, celui de Rolland, etc. Il a publié, à l'Insel Verlag, des lettres choisies de "Napoléon" qu'il a dû vous adresser. Un type épatant. Je vous en parlerai. Le Dr. Paul Amann. Nous sommes passés, lui et moi, toujours cheminant, par Saintes. Grande découverte, mon cher ami. Vous connaissez sans doute. Devant cette admirable et exquise église romane perdue dans une cour de caserne et qui sert de magasin d'armes, votre présence s'est faite presque physique à côté de nous tant nos paroles vous évoquaient avec vigueur... Notre promenade était surveillée par un homme de garde, un enfant, un petit Basque à figure bonne et ronde, qui mâchait un drôle de français, et essayait de comprendre nos émerveillements. Si peu soldat, si bébé, si affectueux, ce pauvre poupin en kaki ! Et si semblable aux puissantes sculptures de l'arc romano-byzantin, où la pierre est encore traitée comme du bois (à ce sujet, permettez-moi, si je ne l'ai fait encore, de vous signaler une petite erreur dans votre Art médiéval, p. 243 ; le monument figuré sur la photogravure est Notre-Dame-la-Grande, non Saint-Pierre ; vous pourrez aisément rectifier sur une édition future)... Mais par exemple, ce qui m'abrutit, c'est qu'avec un corps déchiré comme le vôtre l'est par la santé, la passion, vous fournissez encore cette écrasante somme de travail, toujours aussi riche de pensée. Il suffit de vous voir, du reste, brûlé mais trapu, nerveux mais râblé, tiraillé mais massif, vivante image de L'obstination à être. »

– Abbaye de Varennes (Indre), 12 novembre 1927. « ... Vous nous êtes indispensable. Vous êtes un grand bougre. Vous serez d'ailleurs pillé pendant cent ans par un tas de gratte-mottes qui ne s'en vanteront pas, jusqu'au jour où un agrégé de l'an 2000 remettra chacun à sa place, et restituera à la montagne tout ce que les ruisseaux lui auront arraché... J'ai fichu le camp de paris depuis quatre mois, absolument dégoûté du honteux gaspillage de temps et de forces que j'y avais subi toute l'année. J'ai eu un mal fou à me remettre à travailler, à vivre... »

– Abbaye de Varennes, 20 novembre 1927. « ... Mes deux dernières petites filles ont travaillé, ces deux dernières années, avec un jeune normalien qui vient de passer – brillamment, bien qu'il soit un paysan languedocien et pas une bête à concours – son agrégation de philosophie. Actuellement, il fait l'artilleur à Nîmes. Georges Canguilhem. Retenez ce nom. Il marquera. Il a déjà marqué. Âme brûlante, esprit singulier, nature haute, conscience exigeante et non conformiste, intelligence aiguë, narquoise, à qui on ne la fait pas, mais à qui on ne la fait pas non plus dans le sens des refus d'enthousiasme. À quoi tend ce portrait ? À ceci que, pendant deux ans, ce garçon – qu'Alain nous avait indiqué – a constamment pris ses textes, ses exemples, ses formules, ses comparaisons dans vos livres, en a tiré des dictées pour la plus petite, – partageant en un mot ses préférences contemporaines entre Alain, Bergson, Romain Rolland, Élie Faure. Finirez-vous par admettre que vous parlez pour beaucoup d'esprits inconnus ?Et ce garçon avait de l'autorité, groupait tout un mouvement dont il était l'expression (il a amené des chortes spontanées à chacune des représentations du Dernier empereur [pièce de Jean-Richard Bloch])... Je suis anxieux de ce que vous penserez de mon travail actuel : un coup à se casser le cou. Faire vivre, au théâtre, pendant quatre actes, dans une action réelle, rapide, dramatique, un monde de demi-dieux humains, tels que Michel-Ange en a placé, pour sa joie... au fond de la Sainte Famille des Offices, et tels qu'il en a couvert le plafond de la Sixtine. Je n'évoque M.-Ange que pour me faire comprendre. Le point de départ n'a pas été là. Le rapprochement n'a été fait qu'aujourd'hui, par quelqu'un qui a traversé ma solitude et à qui je lisais les pages écrites. Ce rappel m'a frappé. C'était bien cela que mon inconscient recherchait.

Concevez cela : sortir, s'évader des salles à manger du théâtre naturaliste et des touchantes aventures de monsieur Troude et de madame Demoncul, faire éclater ce cadre étouffant, et, sans verser dans le faux héroïsme ni le faux grand, rejoindre l'humain, le véritable humain dans une surhumanité plastique de géants enchaînés, de héros douloureux, de captifs aussi beaux que ceux du Louvre. Mon ambition serait que, sortant de cette pièce, les spectateurs ne trouvent plus le monde à leur dimension, et que cette vision d'une soirée, agissant sur eux, pendant de longs jours, les tienne, pendant tout ce temps-là, suspendus au-dessus d'eux-mêmes. Pendant que j'écris, une mouche prise dans une toile d'araignée fait entendre son bruit de mort, et l'horrible et magnifique bête vient la toucher précautionneusement du bout de ses antennes. Une énorme souche d'ormeau crache en brûlant dans le feu. Le vent d'Est, appelé par la chute verticale du baromètre, s'engouffre dans la vallée, avec un grondement mythologique. Je suis seul, avec une vieille femme, dans une maison où la mort m'a pris ma plus grande affection terrestre. Tout lutte, combat, incitation à une vie plus puissante, à un sursaut de l'âme. Vous êtes des vivants qui entendez ces voix... » Il évoque ensuite ses textes La Nuit kurde et Les Chasse de Renaut : « Vous savez que ce bouquin, Les Chasses, n'a eu aucun succès. Un four noir. Pas de vente. Nul des pontifes ne s'est abaissé à le citer. Comme c'est bien ! Comme cela me laisse de la paix ! J'ai reçu quelques lettres qui paient pour des lieues cubes de silence... »

 

Joint, le brouillon autographe signé d'une lettre d'Élie Faure à Jean-Richard Bloch (Paris, 24 mai 1935), concernant les rapports entre culture et révolution : Élie Faure y critique le choix de l'A.E.A.R. (Association des écrivains et artistes révolutionnaires, à laquelle Bloch avait adhéré) de restreindre son action aux écrivains et aux artistes, c'est-à-dire d'exclure les autres catégories d'intellectuels, notamment scientifiques. Il propose de « participer à créer une culture nouvelle » et de ne concevoir toute entreprise révolutionnaire qu'avec le concours des masses.

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