Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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BOURDELLE (Antoine). Lettre autographe signée en deux endroits, « E. A. Bourdell...

BOURDELLE (Antoine). Lettre autographe signée en deux endroits, « E. A. Bourdelle » et « Bourdelle ». Paris, 16 janvier 1910. 2 pp. in-4.

Sur un projet de monument en mémoire de l'anarchiste Francisco Ferrer (1859-1909) qui avait été condamné à mort et exécuté en octobre 1909 à la suite des émeutes ouvrières de Barcelone (« semana trágica ») – auxquelles il n'avait pas participé mais dont il avait été jugé responsable moralement en raison de son action militante de longue haleine. Le sort de cet intellectuel qui avait été un temps exilé à Paris, avait mobilisé des intellectuels français comme Anatole France ou Élie Faure, au sein d'un comité de soutien.

« "Camarades... c'est directement du sang de Ferrer que surgissent tous les monuments à sa mémoire. Ce sang généreux mué en or d'offrande. Je n'y veux pas puiser, je ne veux de paiement aucun, ainsi que j'eus l'honneur de vous l'écrire en octobre 1909. J'offre de nouveau de mettre en état mon projet en travail d'un monument à Ferrer, mais, ce projet-là qui en ma pensée est avant tout un acte de foi, je le veux laisser absolument gratuit et absolument en dehors de tout concours, de tout jury. Dans le cas d'acceptation de mon offre par le comité, le comité resterait chargé de faire faire les changements de dimension et de matière, le comité resterait chargé de solder lui-même et sans nul bénéfice possible pour moi, tous les frais matériels d'ouvriers tels que moulages des agrandissements et agrandissements qu'il ferait faire de mon modèle, travaux que je guiderais. Il solderait les frais de bronze et de marbre ou de granit et je surveillerais les travaux. Mon temps, mon effort d'art, le modèle étudié, poussé du monument entier, resteraient une donation absolue. Camarades, de toute manière, mon projet paraîtra et sera répandu, je n'ai donc aucune sorte d'avantage à vous en faire don ici. Je tiens à souligner cela, car mon projet se fait et je le répandrai largement, en don aux amis, aux artistes du pays et des autres nations. C'est simplement que pour Francisco Ferrer, pour sa cause, mes droits d'artiste s'effacent devant mes convictions d'homme. Je demeure toujours avec le même émotion profonde qu'au lendemain du drame..."

Voilà, cher ami Faure, ce que j'ai bâclé et envoyé à la Ligue des droits Homme et citoyen. Ils m'ont fait le grand honneur de m'élire pour être l'un des concurrents pour un projet de monument. Il y a Maillol, Bloche et Lefèvre, bibi, E. Desré, Loriaud, Séraphin, Véra Tchérémissinof, Malric. Je ne mange pas de cette cuisine : pas de concours, ils doivent faire confiance à quelqu'un et voilà, le concours c'est réactionnaire. Ô ! Ligue des droits de l'Homme... J'aime mieux, à mon temps, à l'idée de ma tête et de mon cœur, faire un Ferrer pour moi. S'il y a de la flamme, il ira vivant par le monde. Tout est là. Je me refiche de tous leurs moyens d'école. Je demeure isolé. Tant mieux !... Allons assez bien. Et vous et les vôtres ? Venez, on causera, et bientôt buste en chantier [le buste de l'écrivain Charles-Louis Philippe, mort en 1909, qui fut installé à sa mémoire en 1911 dans son village natal de Cérilly]. À vous, aux autres... »

Antoine Bourdelle dessina vers 1908 un portrait de la fille d'Élie Faure, Marie-Zéline, dite Zizou.

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