Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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22
Estimation
3,000 - 4,000 euros
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CARRIÈRE (Eugène). Correspondance de 33 missives (32 autographes signées et une ...

CARRIÈRE (Eugène). Correspondance de 33 missives (32 autographes signées et une autographe), soit 29 lettres et 4 cartes, adressées à Élie Faure. 1899-1905 et s.d. Plusieurs enveloppes conservées.

Très belle correspondance artistique et philosophique.

– [Paris], 2 mai 1902. « C'est en obéissant au vif sentiment de votre sincérité et absolue bonne foi que je me suis décidé à vous écrire pour vous informer exactement. Comme vous, je pense qu'un homme sans passé est sans avenir. Vous vous méfiez avec juste raison d'une plante sans racines. Les miennes n'étaient pas là où vous pouviez le croire. C'est ce que j'ai voulu dire. Elles sont plus dans le passé qui m'a initié à la vie présente. Votre salon m'a vivement intéressé par le goût et la mesure, et la jolie forme d'expression, si correspondante à l'émotion ressentie. Je ne savais pas que c'était votre première critique écrite, mais le vif sentiment de l'art et la justesse de votre esprit me disait bien combien vous vous étiez préparé au droit de dire vos émotions. J'aurais grand plaisir à vous connaître plus complètement... »

– [Paris], 31 décembre 1902. Lettre écrite après l'opération réussie de son cancer : « Je ne puis finir ni commencer ces deux années ans [sans] penser à vous avec une émotion bien sincère. Nos actes sont le véritable enseignement dont nos paroles ne sont quelquefois que la broderie. Si les hommes plus avancés dans la vie que leurs semblables sont portés à la présomption de l'expérience, combien sont-ils surpris et charmés, s'ils sont de bonne volonté, que la sagesse en activité leur est présentée par des êtres nouveaux, plus jeunes et à la fois plus vieux. Comme les saisons sont plus nouvelles et aussi plus âgées que les précédentes, mais seules les floraisons sont aimables et fécondes. Puis-je être pessimiste. N'ai-je pas raison de croire à la puissance de la vie ? Lorsque la bonté est fécondée par l'amour, nous sentons autour de nous et en nous-mêmes ce mouvement sourd que nous paraît avoir la terre à l'approche des instants où sa vitalité veut reparaître. C'est par vous aussi, cher ami, que s'est accru ma confiance, votre bonté affectueuse pour moi m'a été si douce. Je n'oublierai pas les jours et les nuits de la rue Méchain... »

– [Paris], 12 juin 1904. « ... Ma santé est bonne mais vraiment... je suis surmené de choses multiples... Je partirai faire un parcours en Angleterre, rechercher à mon tour un peu de forces dans l'espace et les humanités occupées. Je veux prendre un bain de lumière et aussi d'énergie humaine. Je me résigne à être égoïste un moment, car je serai plus utile, mieux portant... » (lettre fendue en deux à la pliure). – Saint-Valéry-sur-Somme, 24 août 1904. « ... J'ai passé 2 jours à Londres... J'ai revu les choses qui parlent de la pensée éternelle de l'humanité (autant que l'éternité est promise à l'homme). Je me suis senti toujours aussi ému et fortement impressionné qu'à tous les instants où je me suis trouvé en communion de cette haute révélation. Ce sont les vrais bienfaiteurs de l'humanité, ceux qui nous réunissent à la vie générale. Il faut aussi relier à elle tout ce qui nous arrive de bien et de mal, l'action de la vie. C'est à cette condition que nous pouvons reprendre haleine, mettre de la proportion dans les événements trop proches de nous... J'espère en la logique que la vie qui force chaque chose à reprendre sa vraie place... »

– [Paris], 27 septembre 1904. « ... Je n'ai pu vous demander de venir déjeuner avec moi, car je me suis trouvé à la fois occupé de choses et de gens. Mon tableau, surtout, qu'il fallait avancer au milieu de toutes ces diverses occupations... Voulez-vous... après-demain vendredi m'attendre au café Mazarin à midi au boulevard Montmartre ? Nous passerions un moment ensemble et vous viendriez avec moi voir mon tableau... »

– Mons, 24 novembre 1904. « ... J'ai eu le plaisir de lire le Salon d'automne dans la revue de Mourey [Les Arts de la vie, dirigée par le critique d'art Gabriel Mourey] et je dois vous dire toute l'émotion que j'y ai trouvée dans les idées et la forme également vivantes : c'est ainsi la critique moderne... créatrice d'un sens nouveau de l'unité. Il y a une date sur la critique spécialiste. Je suis très heureux de pouvoir vous dire combien l'avènement de cette forme de collaboration m'est sensible et me paraît vraie. Que vous en soyez le représentant m'est aussi bien cher. Vous m'aimez, cher ami, et vous le faites voir. Je ne sais si je mériterai jamais ce que vous pensez de moi. Il est vrai que vous exprimez votre opinion et non la mienne sur mon labeur. Heureusement peut-être pour moi. Nous aurions des différences à constater qui ne seraient pas en ma faveur. Comme je ne suis pas juge, je veux vous remercier simplement et vous dire que je suis heureux de vous avoir inspiré du bien sur mon compte et que vous ayez cru pouvoir le dire... »

– [Paris], 12 juillet 1905. Sur la mort du géographe anarchiste Élisée Reclus, oncle d'Élie Faure. « ... Je vous remercie de me faire part du départ [le 4 juillet] de l'homme admirable dont chacun de nous garde en lui l'esprit fécond de vie éternelle. Tous ceux qui ont passé près de lui se sont trouvés augmentés par une certitude immédiate de la présence d'une conscience sûre d'elle-même, rassurée par un désir fraternel pour ses semblables. Son souvenir m'est particulièrement cher et je vous remercie encore de le faire revivre malgré la douleur qui l'accompagne, dans la fidélité de ma mémoire... »

– S.l.n.d. Sur l'écrivain et critique d'art Gustave Geffroy. « "Gustave Geffroy, historien et poète. Dans une âme douce et obstinée, toutes les nuances affirmées à leur instant, comme définitives et directrices, pleine de révolte et de résignation. L'idée audacieuse, émous[s]ée à l'expérimentation, une mélancolique retraite suivie de retours impétueux, assagis dans leurs manifestations. L'expression retenue se laissant aller comme malgré elle, des pensées tumultueuses obéissantes à une discipline rigoureuses dans leurs présentations, de race bretonne, têtu, retiré en soi, la mer est un spectacle qui force à la résignation aux éléments, sans que l'être abandonne l'espoir dans la lutte qu'il leur oppose. Cette combativité et cette résignation sont tout le caractère de Gustave Geffroy. Sensible et sensuel, d'une sensualité d'esprit, la nature l'enchante, le paysage le ravit, les impressionnistes le conquier[en]t par la séduction des heures et des aspects. Blanqui nous dit combien la mer lui parle, et aussi le don poétique d'évocation [Gustave Geffroy avait publié en 1897 le récit de la vie du révolutionnaire Auguste Blanqui].

L'apparition du fantôme de la femme de Blanqui dans la cellule, le langage du ciel, les rues de Paris dans l'émeute, le noir fourmillement de l'élément humain, quelques figures de femmes et d'hommes apparaissent brusquement dans une lumière rapide : tout cela est le caractère actif de Geffroy. Des passages plus calmes comme des vagues douces sans raisons apparentes, manifestent l'esprit de résignation de l'écrivain. Enthousiaste des idées scientifiques, matérialiste, athée dans son désir, le mysticisme atavique flotte en atmosphère enveloppante sur toutes ces rudes affirmations. Il est resté enfant de la Lande bretonne avec des yeux bleus pleins de souvenirs, âme tendre se forçant à l'énergie, et dans cet effort trouvant souvent la tristesse, une sorte de nostalgie des pays d'Ouest, une avidité de lutte pour les idées modernes, la sensation du besoin d'action pour les hommes, le désir du repos dans la nature, des paysages regrettés..." Mon cher ami Faure, voici confusément quelques lignes générales sur notre ami. J'ai laissé de côté son humanité que j'aime comme ami. Vous savez que j'ai une grande tendresse pour Geffroy que j'aime comme un frère. Je vous donne sèchement ces lignes rapides. Vous verrez vous-mêmes ce que cela peut contenir de justesse... »

Joint : – 2 billets autographes d'Eugène Carrière dont un illustré d'un dessin original (s.d., mine de plomb, 11 x 7 cm), probablement de ceux que, rendu aphone par son opération de 1902, il écrivait pour communiquer avec ses interlocuteurs. « Ils provoquent les sentiments et les passions naturelles. [dessin d'un personnage, probablement un prêtre]. Il gardait ses gens à l'église. ».

– « Je me promets de faire à Mons un joli album avec René, Lucie, Nelly [trois de ses enfants] et que j'appellerai Jeunesse. C'est un souvenir de [illisible]. Quel dommage que cette maladie [illisible]. Incurable sans espoir. »

– 2 ff. autographes d'Eugène Carrière : des notes prises à la lecture du Velazquez d'Élie Faure (1904, fentes aux pliures), et réflexions philosophiques et morales sur l'Homme.– un dessin représentant une femme en robe espagnole à volants (mine de plomb, 10 x 7 cm, sur un feuillet in-16 avec en-tête imprimé au nom d'Élie Faure). – Des notes manuscrites présentant une synthèse sur Velázquez (20 pp. in-16 oblong).

– Une lettre autographe signée d'une des filles d'Eugène Carrière, Nelly Choublier, adressée à Élie Faure (s.l., 14 novembre 1908), le félicitant pour l'ouvrage qu'il venait de faire paraître sur son père.

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