Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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400 - 500 euros
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CARRIÈRE (Eugène). Lettre autographe signée à Élie Faure. [Paris], 27 avril 1902...

CARRIÈRE (Eugène). Lettre autographe signée à Élie Faure. [Paris], 27 avril 1902. 4 pp. in-12, enveloppe.

« Je vous prie de me croire très touché de la sympathie d'art que vous avez exprimée dans L'Aurore [où Élie Faure tenait la critique d'art, et où il avait consacré à Eugène Carrière des passages de deux comptes rendus du Salon des Beaux-Arts, les 21 et 27 avril 1902]. Le peintre Eugène Carrière fut l'artiste dont Élie Faure put se dire le plus proche, de 1902 à 1906. Entrés en contact à la suite de critiques d'art élogieuses parues dans L'Aurore, ils se lièrent étroitement, dans une amitié renforcée par un même goût pour les spéculations philosophiques sur l'art et sur l'Homme. Ils furent cofondateurs en 1903 de l'Université populaire « La Fraternelle », dans laquelle Élie Faure dispensa les cours qui formèrent la base de sa célèbre Histoire de l'art. Ils se rendirent en outre des services mutuels : d'un côté, Eugène Carrière fit rencontrer Rodin et Bourdelle à Élie Faure, et, de l'autre, c'est grâce à Élie Faure si Eugène Carrière put être sauvé une première fois d'un cancer.

Médecin attentif, Élie Faure lui prodigua continuellement des soins, demanda un diagnostic à Ilya Metchnikov, futur prix Nobel de médecine, alors employé à l'Institut Pasteur, et fit opérer le peintre par son frère le chirurgien Jean-Louis Faure. Eugène Carrière peignit des portraits des trois enfants d'Élie Faure. La qualité de votre esprit critique me rend votre approbation précieuse et je vous en remercie de tout cœur. Dans un esprit que nous estimons, tout nous est sensible. Vous ne serez pas étonné si je réponds à ce que vous dites de l'influence de Armand Berton sur ma vie d'artiste [en commentant les envois de Berton au Salon, Élie Faure avait évoqué une probable « décisive influence » de celui-ci sur Carrière]. Je n'ai jamais protesté à ce sujet. Il me semblait que c'était inutile et le peu de valeur des affirmations me rendait le silence facile. Ce qui est est, et le reste importe peu. Il n'en est pas de même avec un esprit aussi distingué que celui dont vous faites preuve dans votre salon. Il me serait pénible d'être classé par de fausses informations dans une catégorie d'êtres dont je n'ai jamais fait partie et cela aussi d'un écrivain de votre valeur.Je n'ai fait la connaissance de Berton qu'en 1886. Je le connaissait très vaguement avant. Par la rue. J'avais exposé depuis 1876. Mes envois furent remarqués en 1880, en 1884, 1885 et en 1886 où je devins le voisin de Berton qui exposait la même année une Vénus dans le goût de Raphaël Collin dont il était l'ami. J'avais exposé en 85 l'Enfant malade et 1886 Le premier voile. Je recueillis les sympathies et les anthipaties nécessaires.

C'est à ce moment que Berton se laissa entraîner dans ma voie. Je l'y aidais d'ailleurs affectueusement et je pense que déjà il a dû protester près de vous d'une affirmation qui a dû faire souffrir son amitié d'une gratitude qui m'a toujours touché.

Je ne sais ce qui adviendra de mon travail lent et persévérant vers une compréhension plus complète : je n'en suis pas juge.

Mais j'ai des enfants qui me voient vivre, auxquels je veux laisser la confiance dans leurs espoirs. La foi en une justice réelle. Quoique je la sais relative et imparfaite, mais il faut de la foi pour vivre et je tiens à ce qu'ils l'aient. Il faut donc qu'ils aient conservé de l'exemple que je sais leur avoir donné de ne devoir rien qu'à ses seuls efforts et d'être d'accord avec sa véritable nature. J'ai fait mon possible pour répondre à cette pensée. C'est la seule récompense à laquelle je tiens, la seule que réellement je réclame... »

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