Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
Images du lot disponibles
29
Résultat
5,002 euros
Specialité
Autres thèmes
CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches, dit). Lettre autographe signée « L. F. Desto...

CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches, dit). Lettre autographe signée « L. F. Destouches » à Élie Faure. Paris, [fin mai 1933]. 8 pp. in-folio, en-tête autographe à son adresse du 98 rue Lepic.

Extraordinaire et longue lettre politique, d'une extrême virulence.

« Très cher ami, je crois qu'en effet il ne faut mieux plus insister auprès des journaux intellectuels. Votre nom semble leur faire peur. Réservons cet article pour Hippocrate et nous nous en trouverons mieux. [Cet article d'Élie Faure, sur le Voyage, paraîtrait finalement dans l'hebdomadaire anarchiste Germinal, en juillet 1933.] Le mien dans Candide m'a valu des menaces de mort précises, ce qui ne me serait pas arrivé dans un journal de gauche [Céline venait de publier le 16 mars 1933 dans l'hebdomadaire Candide, de tendance maurassienne, une « Postface au Voyage au bout de la nuit. Qu'on s'explique... »]. J'ai demandé quel était le quotidien le plus lu. C'est tout et mon seul souci, toucher le maximum de lecteurs et à tout prendre je préfère ceux de droite. Ceux de gauche sont si certains de leur vérité marxiste qu'on ne peut rien leur apprendre. Ils sont bien plus fermés qu'à droite. Nul canard ne m'a plus abîmé que Le Populaire au nom de la "valeur et de la dignité humaine" !!!! Daudet m'a fort bien compris [l'écrivain, publiciste et critique maurassien Léon Daudet]. Le Canard enchaîné ne peut résister à répandre auprès de tous un peu de terreur en attendant davantage... "On ne contente personne." Tous ces gens me dégoûtent, pêle-mêle, ils sont avides de pouvoir et non de vérité. Hypocritement ils déguisent l'un en l'autre. Abominable inversion !

La gauche, qu'est-ce que ça veut dire par les temps qui courent ? Rien, moins que rien. Au fascisme nous allons, nous volons. Qui nous arrête ? Est-ce les quatre douzaines d'agents provocateurs répartis en cinq ou six cliques hurlantes et autophagiques ? Ça, une conscience populaire ? Vous rigolez, ami ! Je ne vois (et je les connais bien) dans cette sinistre mascarade que de ridicules ou sournois velléitaires dégénérés de tous les idéals, dont la trahison elle-même ne veut plus rien dire.

Il ne faut plus commettre les fautes de 71. Crever pour le peuple, oui, quand on voudra, où on voudra, mais pas p[ou]r cette tourbe haineuse, mesquine, pluridivisée, inconsciente et fainéante mentalement jusqu'au délire. Le mur des fédérés doit être un exemple non de ce qu'il faut faire mais de ce qu'il ne faut plus faire [la cérémonie célébrée annuellement par les organisations de gauche au mur des Fédérés du Père-Lachaise, eut lieu le 28 mai, en 1933, et connut une ampleur particulière en raison du contexte international, Hitler étant parvenu au pouvoir en Allemagne]. Assez de sacrifices vains, de siècles de prison, de martyres gratuits. Ce n'est plus du sublime, c'est du masochisme. Regardez ce qui se passe en Allemagne. Une déliquescence générale de la gauche.

En France, Napoléon et 10 minutes... Il n'y a personne à gauche, voilà la vérité. La pensée socialiste, le plaisir socialiste n'est pas né. On parle de lui, c'est tout. S'il y avait un plaisir de gauche, il y aurait un corps. Si nous devenons fascistes, tant pis. Le peuple l'aura voulu. Il le veut. Il aime la trique. Je ne suis pas aigri. Je suis lucide. Tous ces agités socialisants se trémoussent dans le vide, à moins que roublards (la majorité) ils ne cherchent en vous que de nouvelles idées pour repeindre leur devanture. Je les connais, ami, je les connais bien et je les méprise encore plus que je les connais. Ils pourvoieraient n'importe quelle tuerie pour obtenir 20 voix de plus. Ah ! les putrides histrions ! Il se peut qu'ils jouent un rôle mais ce doit être celui de l'asticot sur le cadavre du capital. Utile, certes, indispensable, mais dans la partie la plus hideuse du cadavre.

Nous sommes tous en fait dépendants de notre société. C'est elle qui décide notre destin. Pourrie, agonisante est la nôtre. J'aime mieux ma pourriture à moi, mes ferments à moi que ceux de tel ou tel communiste. Je me trouve orgueilleusement plus subtil, plus corrodant. Hâter cette décomposition, voici l'œuvre. Et qu'on n'en parle plus ! Parade de morts. Qu'importe après tout la guitare ou le tympanon. Les individus délabrés, sanieux, qui prétendent rénover par leur philtre notre époque irrémédiablement close, me dégoûtent et me fatiguent. Le pus leur sort par tous les orifices et les voici qui ne parlent que de printemps prochain ! Nous ne sommes pas faits pour sentir ces choses-là ! À nous la mort, camarade ! Individuelle ! Bien affectueusement... » Louis-Ferdinand Céline, Lettres, op. cit., n° 33-54.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies destinés au bon fonctionnement du site.