Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
Images du lot disponibles
36
Résultat
5,734 euros
Specialité
Autres thèmes
CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches, dit). Lettre autographe signée « L. F. Desto...

CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches, dit). Lettre autographe signée « L. F. Destouches » à Élie Faure. [Bad Gastein, dans les Alpes autrichiennes], « le 22 » [juillet 1935]. 4 pp. in-folio, tache claire.

Sur son travail d'écrivain, et sur la malédiction mortelle qui s'attache à l'Homme. Première des trois lettres de juillet et août 1933 qui marquent « un tournant capital non seulement dans les relations de Céline avec [Élie Faure], mais encore dans l'évolution de ses idées, en tout cas de la conscience qu'en prend Céline. La solennité du ton, voire la rhétorique, et cette adresse répétée à son ami par son prénom à résonnance prophétique, qui ne se retrouve dans aucune autre lettre, disent de leur côté l'importance qu'ont pour lui ces aveux » (Henri Godard, dans Louis Ferdinand Céline, Lettres, p. 1696). Cf. infra les deux autres lettres, n° 37 et 38.

« Votre lettre est émouvante. Vous le dites, je vous aime beaucoup, mais je ne vous comprend pas toujours. Vous n'êtes pas du peuple, vous n'êtes pas vulgaire, vous êtes aristocrate, vous le dites. Vous ne savez pas ce que je sais. Vous avez été au lycée [passage proche de certaines pages de Bagatelles pour un massacre]. Vous n'avez pas gagné votre pain avant d'aller à l'école.

Vous n'avez pas le droit de me juger, vous ne savez pas. Vous ne savez pas tout ce que je sais. Vous ne savez pas ce que je veux. Vous ne savez pas ce que je fais.

Vous ne savez pas quel horrible effort je suis obligé de faire chaque jour, chaque nuit, surtout, pour tenir seulement debout, pour tenir ma plume. Quand vous serez à l'agonie, vous me comprendrez entièrement, et là seulement.

Je parle le langage de l'intimité des choses. Il a fallu que je l'apprenne, que je l'épèle d'abord. J'ai tout jaugé. Rien de [ce] que je dis n'est gratuit. Je sais. Je ne suis. Je demeure un imagier truculent, rien de plus. Je ne veux rien être de plus. Ce que je pense du peuple, j'aurais la pudeur de n'en jamais rien dire. Cela aussi fait partie de ma viande. Savoir me taire. Ne pas baver comme un juif, faire l'article, pour vendre, exposer ce qui doit rester secret, pour le vendre.

Je vous parle brutalement, cher Élie, parce que vous êtes de l'autre bord, malgré vous. Vous ne parlez pas notre langue et vous aimez l'entendre. On regrettera les guerres, Élie...L'Homme est maudit. Il inventera des supplices mille fois plus effrayants encore pour les remplacer...Dès l'ovule il n'est que le jouet de la mort.Bien affectueusement à vous... » Du 4 juillet au 2 août 1935, Céline voyagea en compagnie de son amie la pianiste Lucienne Delforge, en Belgique, en Scandinavie, puis en Autriche où, à Bad Gastein, il travailla à son roman Mort à crédit. Louis-Ferdinand Céline, Lettres, op. cit., n° 35‑20.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies destinés au bon fonctionnement du site.