Correspondance Élie Faure

vente live: lundi 30 octobre 2017 à 14h30
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
Images du lot disponibles
43
Résultat
488 euros
Specialité
Autres thèmes
DUHAMEL (Georges). Correspondance de 20 lettres autographes signées, soit 15 let...

DUHAMEL (Georges). Correspondance de 20 lettres autographes signées, soit 15 lettres et 5 cartes, adressées à Élie Faure. 1920-1934 et s.d.

Georges Duhamel partageait avec Élie Faure une expérience de médecin militaire durant la Grande Guerre, mais n'était pas animé par la même radicalité et n'avait pas subi comme lui l'influence nietzschéenne. Ces rapprochements et divergences traversent la présente correspondance, d'une grande richesse.

– Valmondois (actuel Val-d'Oise), 16 juillet 1920. « Une grande puissance morale et verbale vous permet de jouer dangereusement avec des idées explosives. Vous le savez, votre esprit et votre style m'inspirent un intérêt violent qui, pourtant, s'il détermine mon admiration, n'entraîne pas toujours ma conviction. À lire La Danse avec le feu et l'eau [ouvrage d'Élie Faure paru en 1920], je me suis même demandé si vous n'étiez pas une de ces intelligences redoutables dont l'enseignement ne séduit que pour égarer. Et pourtant je me rappelle des pages de La Sainte Face [ouvrage d'Élie Faure paru en 1917] (en particulier celles qui concernent votre fils) où je sentais l'homme tout entier sous le masque de l'intelligence. Ne croyez-vous pas qu'il est inquiétant de confondre le principe d'antagonisme, qui – même dans ses manifestations les plus cruelles – est à la base même de la vie et une grande source d'inspiration pour les arts, avec les entreprises de destruction imbéciles et industrialisées dont la guerre 1914-1918 fut le plus parfait modèle ? Ne pensez-vous pas qu'il est imprudent de chercher à des cataclysmes aussi absurdes et misérables soit des excuses morales soit des raisons historiques ou esthétiques [allusion à certains aspects de la philosophie de Nietzsche adoptés par Élie Faure] dont sauront toujours profiter les criminels pour qui tant de malheurs ne représentent qu'une opération de bourse ? Vous le voyez, je vous prends beaucoup plus au tragique qu'au sérieux. C'est vous qui m'en avez prié... »

– Paris, 25 février 1921. « Je reviens de Belgique et trouve votre lettre. La belle lettre ! Vous êtes un donneur de courage : vous donnez envie de travailler. J'ai trouvé aussi, sur ma table, votre Histoire de l'art que je suis en train de couper. Voilà un présent qui me fait beaucoup d'honneur... » – Paris, 3 mai 1921. Sur le Napoléon d'Élie Faure, publié en 1921. « Je vous place trop haut... pour que mon jugement vous soit jamais redoutable. Eh quoi ? Vous juger ? Mais il me faut d'abord vous comprendre. Ce n'est pas petite affaire – vous m'intéressez énormément. Voilà, je ne crois pas du tout à l'histoire. J'ai assez de mal à me représenter les gens que je vois tous les jours depuis vingt ans pour mettre l'histoire à son plan et à sa place. Mais je crois à l'imagination créatrice, et je l'aime. Votre portrait est d'un poète – acceptez, je vous prie, sans rancune, cet éloge bien propre à combler l'ambition la plus haute. Et puis vous savez tant de choses, qu'il faut tantôt vous remercier au nom du cœur et tantôt au nom de la tête. Mais, de grâce, que vos écrits d'homme libre ne tombent jamais aux mains des partisans et des faussaires... »

– Paris, 8 janvier 1922. « J'achève Les Constructeurs [ouvrage d'Élie Faure paru en 1914, évoquant les hautes figures de Cézanne, Dostoïevski, Lamarck, Nietzsche et Michelet]. Quel beau livre ! Comme il réconforte et désespère à la fois ! Quel hymne à la gloire de notre malheureuse humanité ! Quelle grandeur dans la faiblesse !... Vous m'avez fait aussi un bien grand plaisir en m'adressant L'Art médiéval... Dès aujourd'hui j'en ai montré les images à mon fils aimé. Plus tard il connaîtra le texte et saura ce qu'un homme ardent, passionné, pieux, peut faire en faveur de la civilisation morale dans une époque qui meurt de civilisation matérielle... »

– Valmondois, 15 juillet 1924. « Quand je serai fatigué, découragé, désespéré, je relirai votre lettre et la vie me sera rendue. Vous m'avez fait beaucoup d'honneur et de plaisir. Vous êtes, sachez-le, un des très rares esprits généreux et hardis, un des porteurs de flamme dont j'admire et l'œuvre et le caractère... »

– Paris, 28 février 1926. « Vous m'avez devancé... Je me préparais à vous écrire, et voici votre lettre. Je voulais vous dire la grande et sincère émotion que me causait votre Montaigne [Montaigne et ses trois premiers nés : Shakespeare, Cervantès, Pascal, paru en 1926]. Vous parlez magnifiquement des grands hommes. Vous avez une façon de les voir par le dedans, de vous mêler à leur substance et de jeter sur leurs pensées secrètes une lueur chaude, une façon, dis-je, qui m'enchante & m'exalte. Vous avez en outre résolu la difficulté suprême de ce genre d'ouvrages. Savant ou poète ? Vous êtes heureusement l'un et l'autre, et c'est nécessaire. Votre savoir est si parfaitement digéré qu'il ne nous offense jamais. Alors vous vous montrez surtout poète et c'est ce qui me plaît par dessus tout, car seul un poète a le droit de parler des héros... Et votre lettre me remplit de confusion. Que vous dire, âme généreuse ? J'ai chaud au cœur à cause de vous. Il me semble, à vous lire, que je mérite de vivre encore longtemps & de travailler. Il me semble, à vous écouter, que je ne suis pas indigne de cette langue et de cet esprit qu'ont honorés tant de grands hommes. Je fais des projets, je ne sent plus mes limites, la source de courage jaillit, roule, inonde tout... »

– Valmondois, 23 septembre 1927. « J'ai travaillé tout l'été, furieusement, et chaque jour... Je veux vous remercier de cette extraordinaire Histoire de l'art ; de ce livre bouillonnant, presque haletant, où les idées se suivent, se bousculent, s'enchaînent finalement. Oui, un de ces beaux livres que vous seul en ce moment pouvez nous donner... »

– Valmondois, 28 mars 1931. « Votre lettre m'est un grand bienfait [concernant l'ouvrage de Georges Duhamel, Géographie cordiale de l'Europe, paru en 1931]... Je suis ravi de vous trouver sensible à ces harmonies du langage qui font ma joie et que si peu d'hommes entendent, à cette époque de "confection", de travail automatique. Votre assentiment me remplit le cœur et de gratitude et du désir de bien faire, mais vous enlèverez tout crédit à vos éloges si vous devez médire de vos beaux ouvrages si nourris de riche substance et d'enseignement. Je peux bien vous avouer... que je n'attribue aucune vertu profonde aux conquêtes militaires, en effet. L'important de la conquête suédoise, ce n'est pas l'opération militaire, c'est la pénétration de la civilisation suédoise chez un peuple barbare. Cette infiltration, me direz-vous, ne se fait qu'à la faveur de la conquête militaire ? Je n'en crois rien. Nietzsche et Wagner ont conquis la France bien mieux que les armées. L'Italie de la Renaissance, divisée, sans puissance temporelle, a conquis tout le monde civilisé par la force de l'esprit. Je parle de Rome en l'appelant, je crois, puissance de proie. Encore ne saurait-on confondre l'action d'un grand peuple ambitieux mais cultivé qui fait, à la faveur des armes, pénétrer les arts chez des peuples sauvages et la conquête par une nation européenne moderne d'une autre nation européenne moderne. Imaginez l'Allemagne asservissant la France ou vice-versa. Quel bénéfice pour l'esprit ?... »

– Valmondois, 7 août 1932. « Ne vous tourmentez pas... Je vous aime et c'est bien pour cela que certaines parties de votre livre m'ont mis dans une belle rage [en 1932, Élie Faure publia D'autres terres en vue et Découverte de l'Archipel]. Vous me parlez de la misère des enfants. Pensez-vous que je m'en désintéresse ? Depuis la guerre je n'ai cessé d'écrire sur ces choses et mes derniers livres s'efforcent justement de peindre les raisons de cette misère . Et vous venez dire – ou c'est tout comme – que je m'en désintéresse et que j'en parle en dilettante. J'ai, l'un des premiers, écrit que le phénomène russe était considérable et qu'il fallait, justement, le considérer avec respect. Je me suis fait couvrir d'injures et de menaces... Aujourd'hui, des gens comme Gide viennent manger les marrons que nous avons tirés du feu. Allez-vous en manger aussi ? À voir l'empressement récent de certains écrivains à louer l'effort soviétique, on peut apprécier la gravité de notre situation sociale. Vous dites que je m'engage dans une impasse. Pourquoi ? Parce que je veux, Français que je suis, comprendre et discuter. Ma maison est pleine de machines. Je dirige moi-même mon auto dans Paris. Je ne célèbre pas tout cela sur le mode lyrique et primaire. Ça ne m'épate pas. Je ne suis pas dupe (j'ai employé le mot dans Civilisation en 1918). Je demande à réfléchir, non pas à revenir en arrière. Mais dans certains cas, je saurais revenir en arrière, s'il le fallait... Ce qui m'étonne le plus dans votre lettre, c'est à quel point vous avez souci de vous-même : des vertus qui vous manquent et de celles dont vous jouissez. Allons ! Vous avez reçu votre part. Elle est belle. Ne vous désolez pas. Si je montre les dents c'est parce que j'espérais – il y a quelque temps encore – constituer une coalition des bons esprits, une coalition souriante, contre les excès et les empiétement du Homais moderne. Mais si vous commencez de me plaquer, alors tout est perdu. Alors j'enrage. Alors je hausse les épaules, je crache par terre et je tourne le dos. À vous de tout cœur... »

Joint : – Brouillon autographe d'une lettre d'Élie Faure à Georges Duhamel (s.l., probablement 1932), concernant leur polémique littéraire et politique. Élie Faure y dénonce une démagogie bourgeoise aussi bien que révolutionnaire, de même que la faillite des élites de commandement et d'ordre. – Lettre autographe signée de Georges Crès à Élie Faure (Paris, « mardi », probablement 1928), sur la préface qu'Élie Faure avait écrite pour une réédition chez Crès de l'ouvrage de Georges Duhamel, Lettres au Patagon, qui ne fut finalement pas publiée.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies destinés au bon fonctionnement du site.