De la Bibliothèque d'un Amateur

Live Auction
starts: October 28, 2011 @ 12:00 AM
Salle Rossini - 7, rue Rossini - 75009 Paris
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82
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10,200 euros
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[BARBEY D'AUREVILLY (J)].[Poésies].Caen : Hardel, 1854, in-16 carré, demi-basane...
[BARBEY D'AUREVILLY (J)].
[Poésies].
Caen : Hardel, 1854, in-16 carré, demi-basane maroquinée rouge, plats de tissu à décor végétal rouge, vert et écru, dos lisse avec titre en long, non rogné (reliure ancienne).
Édition originale très rare de la première plaquette de poèmes de l'auteur.
Elle fut éditée sans nom d'auteur ni titre par son ami G.-S. Trébutien (1800-1870).
Si la première oeuvre connue, composée et publiée par Barbey est un poème, l'Élégie aux héros des Thermopyles (1825), que le tout jeune homme dédia à Casimir Delavigne, il a toujours affirmer qu'il n'était « pas un poète officiel ».
Il écrit à Trébutien, en 1851 : « Jamais vers de moi ne seront imprimés, mais il m'est agréable de conserver ces bouts-rimés, qui sont des dates de sentiments dans ma vie. On les montre à vingt-cinq personnes qu'on aime et voilà tout ! […] On les ferait tirer à vingt-cinq exemplaires […, mais] il faudrait vingt-cinq exemplaires joliment bien ! »
Alors, quelque temps plus tard, lorsque le même Trébutien lui propose d'éditer ses « vers de prosateur », Barbey accepte, mais à la condition impérative que cela ressemble le moins que possible à un livre : la plaquette sera anonyme et sans titre !
Seules les armes de l'auteur reproduites en lieu et place du titre, et la préface, par laquelle Barbey « restitue » ses vers à Trébutien - sans qui ils n'existeraient pas - identifient l'auteur.
La plaquette comporte 12 pièces de vers.

Ce ne sera que très tardivement, dans ses Disjecta Membra, que Barbey songera à rassembler et à publier « officiellement » ces oeuvres anciennes, augmentées de quelques créations plus récentes, dans un recueil qu'il souhaite intituler Poussières et qui ne verra le jour que fort longtemps après sa mort, chez Lemerre, en 1897.
L'un des 36 exemplaires imprimés sur papier de Hollande.

Sont joints :
- une L.A.S. à Charles Baudelaire, à l'encre bleue, datée lundi matin 21. 1 p. in-12 (traces de pliures).

Barbey d'Aurevilly et Baudelaire eurent très tôt une vive admiration réciproque pour leurs oeuvres.
Baudelaire cite Le Dandysme, dès son Salon de 1846.
Barbey, quant à lui, aida Baudelaire à publier ses traductions de Poe au Pays et les y défendit dans ses articles.
Rapidement leur relation devint une amitié chaleureuse et peu commune.
Ils se voyaient souvent, parfois même quotidiennement, surtout autour des années 1857-1859.
Si l'on ne connaît que deux lettres adressées par Baudelaire à Barbey, plus d'une douzaine nous sont connues de Barbey à Baudelaire.
Il y est fait régulièrement allusion à leurs travaux respectifs, Barbey lui écrit longuement son admiration après l'envoi des poèmes L'Albatros et Le Voyage.
Leur amitié y prend rapidement un ton très libre et souvent fort original, en particulier dans les qualificatifs dont ils s'affublent mutuellement.
Ainsi, pour Barbey, Baudelaire est sa « chère crapule de génie », son « Nabuchodonosaur (sic) du Diable » ou encore son « vicieux poète » tandis que Barbey est pour Baudelaire cet « homme vicieux qui sait se faire aimer », « ce monstre parfait » ou encore son « vieux mauvais sujet » et c'est d'ailleurs ainsi qu'il le nomme dans nombre de ses lettres à d'autres correspondants, tels Mme Aupick, Asselineau ou Poulet- Malassis…

Baudelaire leur recommande également la lecture de L'Ensorcelée, « un livre admirable », mais il relève aussi parfois les travers de l'esprit aurevillien ; ainsi à Sainte-Beuve ou à Poulet-Malassis, dénonce-t-il telle « pointe trop facile » ou l'emploi d'un « inévitable calembour »…
En 1857, Barbey prend fait et cause pour le recueil des Fleurs du mal que vient de publier Baudelaire et dont il est l'un des seuls à avoir immédiatement perçu une « architecture secrète », y voyant moins un recueil de poésies éparses « qu'une oeuvre poétique de la plus forte unité ».
Il l'assure vigoureusement de son soutien au moment du procès.
Malheureusement, l'article que Barbey avait rédigé pour le Pays sera refusé, mais Baudelaire le reprendra dans les Articles justificatifs pour Charles Baudelaire auteur des Fleurs du mal (Impr. de Mme Vve Dondey-Dupré, s.d. [1857]) et Barbey l'insérera dans la première série des Poètes dans Les OEuvres et les hommes.

Par ailleurs, Baudelaire qui voulait composer à son tour un essai sur le dandysme, et plus particulièrement sur le dandysme littéraire, avait prévu d'y faire figurer son ami aux côtés d'écrivains tels que Chateaubriand ou Joseph de Maistre.
Il ne put mener à bien son projet. Si leur susceptibilité respective leur avait déjà ménagé quelques occasions de brouilles dès le début de leur relation, peut être un différend plus grave intervint-il entre eux quand en 1862 Barbey fut remercié du Pays à l'instigation de leur ami commun Sainte-Beuve.
Mais si leur correspondance semble inexplicablement s'arrêter vers 1860, nous savons par des allusions ici et là qu'ils se fréquentèrent et continuèrent à s'apprécier au-delà de cette date : Baudelaire dédie à Barbey L'Imprévu, en 1863.
Et après la mort du poète, survenue en 1867, Barbey obtint de Mme Aupick une oeuvre de Constantin Guys qu'il avait beaucoup admirée chez lui.

Jacques Petit, suivant Claude Pichois, propose de dater cette L.A.S. des semaines qui ont suivi la parution du Haschisch dans La Revue contemporaine, le 30 septembre 1858. Par son ton, il est en effet très proche de celle du 4 février 1859.
Elle a été publiée par Jacques Crépet in Le Bulletin du bibliophile (1939, p. 451), et reprise par Jacques Petit in Corr. gén., VI, p. 123.
- un billet autographe signé de Barbey à Armand d'Artois, à l'encre rouge, à l'en-tête du « never more ». 1p. in-8, avec son enveloppe datée du 22 février 1881.
- Il y assure son « cher d'Artois » de leur prochaine rencontre, « [s'il n'a] pas de première. »
Inconnu de Jacques Petit qui répertorie une lettre au même, datée du 28 avril 1873 (Corr. Gén., VII, p. 154).
On peut supposer que l'amitié de Barbey avec Jules François Armand Dartois de Bournonville, dit Armand d'Artois (1845- 1912), auteur à succès de L'Affaire Clemenceau (1884), naquit dans le salon de François Coppée, rue Oudinot.
- deux L.A.S. de Louise Read à Édouard de Rougemont, à l'encre noire, datées des 5 juin et 18 septembre 1921. 4 p. in-16, avec leur enveloppe.

Dans la première lettre, après avoir craint de lui livrer ses défauts au travers de son écriture, elle le remercie vivement pour « l'envoi [d'une] lettre qu'[il] a bien voulu copier pour [elle] ».
À la suite de quoi, elle précise : « Sainte-Beuve avait très méchamment brouillé Baudelaire avec Barbey d'Aurevilly, au grand regret de celui-ci ! »
Cette allusion ne permet-elle d'imaginer que la lettre à laquelle il est fait référence ici est la lettre de Barbey à Baudelaire décrite précédemment ?
Enfin, Louise Read lui offre de lui faire remettre son album, dans lequel il ne pourra manquer, puisque les écritures l'intéressent, de trouver « bien d'intéressants examens à faire ».

Dans la seconde, « toujours osant à peine [lui] laisser voir [son] écriture !!... », elle l'entretient d'un jeune ami venu la voir récemment et qui s'apprête à partir en Pologne pour y effectuer des conférences : « Il va leur parler de Villiers de l'Isle- Adam, et vous a lu avec admiration. Et il cherche partout Isis. (…) Pourriez-vous le recevoir un moment ? »
Enfin, après avoir évoqué des affaires relatives à la création du Musée pyrénéen de Lourdes, elle revient à l'Isis de Villiers en demandant à son correspondant où son jeune ami pourrait la trouver.

Louise Read (1849-1928) était la fille de Charles Read qui fut une des figures majeures du protestantisme en France au XIXe siècle, magistrat, fondateur, en 1864, de L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux et instigateur, en 1867, du musée Carnavalet.
Elle accompagna avec un immense dévouement les dernières années de Barbey d'Aurevilly - il l'avait surnommée Mlle Ma Gloire et en fit son exécutrice testamentaire -, qu'elle avait rencontré, en 1879, par l'intermédiaire de François Coppée et de sa soeur, dont elle fréquentait le salon, rue Oudinot.

Édouard de Rougemont (1881-1969) fut un homme de lettres, auteur du « premier ouvrage sérieux consacré à la vie et à l'oeuvre » de Villiers de l'Isle-Adam qu'il fit paraître au Mercure de France, en 1910.
Mais il fut aussi « homme d'écritures » : il fut en effet l'un des plus éminents graphologues français de la première moitié du XXe siècle.
On lui doit, entre autres, La Graphologie et la médecine (1934), La Graphologie, une nouvelle science sociale (1938), qui connaîtra de nombreuses rééditions, ou enfin, L'Écriture des aliénés et des psychopathes (1950).
Cependant, son goût des lettres l'amena à associer cette science à l'histoire de la littérature.
Ainsi, collabora-t-il régulièrement, dans cette spécialité, au Mercure de France, et donna-t-il plusieurs contributions sur l'écriture des grands auteurs, tels ses Commentaires graphologiques sur Charles Baudelaire, une plaquette de 63 pages qu'il fit paraître en 1922 à la Société de graphologie (travail que loua chaleureusement Henri de Régnier dans Le Figaro du 23 mai 1922) ou encore une Évolution psychologique d'Arthur Rimbaud, d'après son écriture (Mercure de France, n° 921, du 1er novembre 1936).
Il sera vice-président de la Société de graphologie de Paris.

Cet exemplaire, s'il ne comporte ni les couvertures muettes ni le premier feuillet du volume au recto blanc et au verso duquel figurait la justification, comporte à la page 45 une correction typographique marginale, selon toute vraisemblance, de la main de Trébutien.
Dimensions : 13,9 x 19,8 cm.

Provenance :
Pauley (cat. 20-22 févr. 1939, n° 259) avec la seule lettre à Baudelaire.
M. Clouzot, Guide du bibliophile français, 1800-1880, 1953, p. 24 (« ouvrage de toute rareté, tiré à 36 exemplaires, plus quelques exemplaires sur papiers de couleur ») ; J. Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, éditée par Jacques Petit & Philippe Berthier, Belles Lettres, 9 tomes, 1980-1989, passim ; J. Barbey d'Aurevilly, Les OEuvres et les hommes, III : Les Poètes, Amiot, 1862, pp. 371-382 ; C. Baudelaire, Correspondance, établie par Claude Pichois, Gallimard, La Pléiade, 2 tomes, 1973, passim ; J. Canu, Barbey d'Aurevilly, Laffont, 1965, passim ; L. Carteret, Le Trésor du bibliophile romantique et moderne, 1801-1875, Carteret, 1924, p. 105 ; J. Crépet. « Baudelairiana » in Le Bulletin du bibliophile, 1939, p. 451 ; C. Pichois et J.-P. Avice, Dictionnaire Baudelaire, Du Lérot, Tusson, 2002, pp. 48-52 ; G. Vicaire, Manuel de l'amateur de livres du XIXe siècle, 1801-1893, Rouquette, 1894, col. 294.
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