Éditions originales partie I

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Available lot photos
8
Estimation
1,000 - 1,200 euros
Speciality
Original literary editions from 19th- 21st century
Theme
19
BAUDELAIRE (Charles).
Notes autographes [adressées à Edouard Laumonier]. [Paris, 1863]. 5 lignes, en anglais et en français, au verso d'une carte de visite gravée imitant sa signature, sur bristol de format 8 x 11 cm.

«
Ingrain (tapis)
Jaconet muslin
ground glass
astral (not
solar) lamp
»
Liste de locutions anglaises ardues à traduire relevées dans une nouvelle d'Edgar Poe, «
Landor's Cottage ». Charles Baudelaire interroge ici son conseiller linguistique au sujet de mots et expressions sur lesquels il a butté, n'ayant pu les trouver dans le dictionnaire qu'il utilise pour la traduction des œuvres d'Edgar Poe – celui d'Abel Boyer paru à Paris chez Baudry en 1846, Nouveau dictionnaire anglais-français et français-anglais.
« Landor's Cottage ». Cette nouvelle relate une visite dans un cottage américain où le moindre détail s'avère agencé selon une intention, produisant un effet de simplicité harmonieuse quasi-voluptueuse. Publiée par Edgar Poe en 1849 à Boston dans la revue Flag of Our Union, elle avait été après sa mort intégrée en 1850 dans la première édition collective de ses œuvres (Works, New York, Redfield), plusieurs fois rééditées, et reprise par ailleurs en 1852 dans le recueil Tales of Mystery and Imagination and Humour (Londres, Vizetelly). Le passage ayant présenté des difficultés à Charles Baudelaire se situe à la fin de la nouvelle : « [...] Nothing could be more rigorously simple than the furniture of the parlor. On the floor was an ingrain carpet, of excellent texture – a white ground, spotted with small circular green figures. At the windows were curtains of snowy white jaconet muslin : they were tolerably full, and hung decisively, perhaps rather formally in sharp, parallel plaits to the floor – just to the floor [...] [...] On the table were a few books ; a large, square, crystal bottle of some novel perfume ; a plain, ground glass astral (not solar) lamp, with an Italian shade ; and a large vase of resplendently-blooming flowers [...] »
« Le Cottage Landor ». Charles Baudelaire travailla sur cette nouvelle en 1863, et proposa sa traduction à plusieurs revues, dont la Revue de Paris en janvier 1865, sans succès. Elle parut finalement le 16 mars suivant dans son recueil des
Histoires grotesques et sérieuses d'Edgar Poe (Paris, Michel Lévy). Sa version française du passage pour lequel il demande ici des éclaircissements se lit comme suit : « [...] Il est impossible d’imaginer quelque chose de plus rigoureusement simple que l’ameublement du parloir. Le parquet était recouvert d’un tapis de laine teinte, d’un excellent tissu, à fond blanc avec un semis de petits dessins verts circulaires. Les rideaux des fenêtres étaient en mousseline de jaconas d’une blancheur de neige ; passablement amples, et descendant en plis fins, parallèles, d’une symétrie rigoureuse, juste au ras du tapis [...] Sur la table traînaient quelques livres ; un flacon de cristal, vaste et carré, contenant quelque parfum nouveau ; une simple lampe astrale, de verre poli (non pas une lampe solaire), avec un abat-jour à l’italienne, et un large vase plein de fleurs splendidement épanouies [...] »
« Savez-vous pourquoi j'ai si patiemment traduit Poe ? Parce qu'il me ressemblait » écrivait Charles Baudelaire
en juin 1864 : « la première fois que j'ai ouvert un livre de lui, j'ai vu, avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant. » En effet, Charles Baudelaire reconnut en Edgar Poe un génial frère de « guignon », et consacra une grande part de ses travaux littéraires à la traduction de ses œuvres. Il donna plusieurs de ses versions françaises aux périodiques dès 1848, puis les publia en librairie en plusieurs recueils qui furent ses œuvres littéraires les plus rentables : Histoire extraordinaires (1856), Nouvelles histoires extraordinaires (1857), et donna ensuite Aventures d'Arthur Gordon Pym (1858), Eureka (1863) et Histoires grotesques et sérieuses (1865). S'il ne fut pas le premier traducteur français d'Edgar Poe, il se distingua par l'ampleur et la sincérité de ses traductions, et par le fait qu'il accomplit en parallèle un admirable travail critique sur cet écrivain américain. Il put ainsi à juste titre se vanter en 1854 d'avoir « mis en branle la réputation d'Edgar Poe à Paris ».
« Copiste » anglophone de Charles Baudelaire, Édouard Laumonier
fut employé par le poète pendant un an, environ de septembre 1862 à octobre 1863, à des travaux de copie, notamment des poèmes en prose et des traductions de Poe. Il avait une bonne connaissance de l'anglais, et peut-être de l'américain, puisque Charles Baudelaire l'interrogea sur des termes absents de son dictionnaire. Employé à Paris de l'administration du chemin de fer de Lyon, Édouard Laumonier se mit ensuite en ménage avec la cousine de Charles Baudelaire, mariée par ailleurs, et partit s'installer avec elle en Angleterre. Il reçut à tort le prénom d'Edmond dans l'édition de la Pléiade (Correspondance, t. II, 1973, p. 278), mais retrouva celui exact d'Édouard, grâce aux recherches de Jean Ziegler sur le Carnet de Charles Baudelaire.
La présente pièce autographe est publiée dans la
Correspondance de Charles Baudelaire (Paris, Gallimard, Nrf, Bibliothèque de la Pléiade, vol. II, 1973, p. 337).
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