Lettres et manuscrits autographes

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Pierre BOULEZ (1925-2016). ( LOTS 20 à 39 )    Manuscrit autographe, Incidences ...

Pierre BOULEZ (1925-2016). ( LOTS 20 à 39 ) 

 

Manuscrit autographe, Incidences actuelles de Berg, [1948] ; 4 pages et quart in-4. Sur Alban Berg, à l’occasion de la Quinzaine de Musique autrichienne à Paris en 1948 ; article publié dans Polyphonie (2e cahier, 1948), recueilli dans Relevés d’apprenti (Seuil, 1966).

Le manuscrit, rédigé d’une petite écriture à l’encre noire, avec ratures et corrections, présente quelques variantes avec le texte imprimé. « La venue à Paris des chefs-d’œuvre des Musées de Vienne nous a valu une Quinzaine de Musique autrichienne, que l’on se doit de mettre au premier plan de l’actualité. […] Notre but n’est pas, du reste, de faire un compte rendu de ces concerts, mais plutôt de réfléchir un peu au cas exceptionnel de Berg. […]

Nous n’allons pas parler de lucidité, d’authenticité, de réactivation et autres clichés devenus courants en cette matière ; nous aborderons le problème d’une autre façon beaucoup moins “philosophaillonne” et nous tâcherons d’aiguiser le plus possible notre esprit critique pour situer Berg avec clarté et sans complaisance. Berg est du reste connu actuellement par les musiciens de tous poils comme un grand génie, et même comme l’excuse et le miracle de la technique dodécaphonique. Ceci repose sur un malentendu évident. Tout ce que ces chers musiciens trouvent de rassurant dans Berg, c’est justement ce que nous admettons le moins : son romantisme et, il faut bien le dire, son attachement à la tradition. […]

En réalité, Berg n’est que la pointe extrême d’une lignée post-wagnérienne, où viennent se fondre également l’aimable – dans tout le sens horripilant du mot – valse viennoise et l’emphatisme vériste italien. […] Tout cela est fort beau ; mais néanmoins le problème est posé dans son agaçante acidité. On sent dans Berg un amalgame des plus hétéroclites où l’exotisme de bazar prend aussi sa place avec le tango de la cantate Le Vin »…

Puis Boulez analyse, de façon tout aussi critique, la valse du premier mouvement du Kammerkonzert, la marche militaire de Wozzek, les variations sur le choral de Bach dans le Concerto pour violon : « je crois que le langage dodécaphonique a des nécessités plus impérieuses que celle d’apprivoiser un choral de Bach »…

Il condamne ce qu’il considère comme des facilités, avant de conclure vigoureusement : « Si, toutefois, nous nous permettons de critiquer Berg, c’est que nous le plaçons bien au-dessus de tous les gribouilles qui se croient et se proclament dodécaphonistes, et que nous répugnons à donner la main – même pour célébrer ses louanges – à la bande de cons qui constitue le plus clair du monde musical “parisien” ! »

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