Lettres et manuscrits autographes

vente live: lundi 12 décembre 2016 à 14h00
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Georges BERNANOS (1888-1948). L.A.S. « Georges », Amiens 17 janvier 1926, [à son...

Georges BERNANOS (1888-1948). L.A.S. « Georges », Amiens 17 janvier 1926, [à son ami Robert Vallery-Radot] ; 2 pages in-4 à en-tête de l’Hôtel de l’Est à Amiens (petites fentes réparées).

Magnifique lettre peu avant la publication de Sous le soleil de Satan (mars 1926).

Il n’en attendait pas moins de la charité de son ami, mais le dominicain le rebute et Robert se fait illusion « pour rêver de me donner à une manière de St Jean de la Croix […]

Mon Dieu ! en tout ceci, tenez d’abord mon livre pour rien. Oubliez ce que j’écris. Sans doute, le dangereux présent qui m’est fait est un sens assez concret de la grâce. Mais personne ne se voit moins que moi à travers sa littérature. Personne n’a d’une équivoque si hideuse une horreur plus vive que moi. Quand je vous propose le renoncement absolu, je crois deviner que votre imagination a besoin d’un tel repère, car vous paraissez en être toujours, hélas ! aux “enchantements du péché”...

Est-ce que votre Satan s’habille vraiment pour vous chez Drecoll ou chez Beer, pleurniche à la neuvième symphonie, recèle des trucs chez la vieille Noailles ? Votre Satan a-t-il vraiment le don des larmes ? Ni l’effusion de votre charité, ni l’inspiration de votre cœur fraternel ne sauraient vous découvrir cette part secrète et réservée de moi-même, où le mal pousse et nourrit sa racine. Mon ignorance sur vous est peut-être aussi profonde. On pèche seul, mon ami, comme on meurt »...

Néanmoins, son illusion des enchantements du péché met Bernanos hors de lui :

« Quel fils de la femme, ayant l’expérience du plaisir, n’en connaît l’amère duperie ?

– Que s’il y est chaque fois trompé, je dis que c’est un étourdi sympathique, une âme de néant, où le diable n’a que faire, car il ne daigne pas écrire sur le sable. Mais le drame commence au-delà : lorsque la désobéissance est aimée pour elle-même – quand le remords devient l’aliment indispensable de l’âme, ou cette âme même – le Remords, ce fils maudit de la divine charité qui comme elle, n’a rien, s’il n’a tout...

“J’ai regoûté à la matière dont je suis fait, dit quelque part Claudel, j’ai péché fortement.” Le reste est littérature. […] Je suis entre l’Ange lumineux et l’Ange obscur, et je les regarde tour-à-tour, avec la même famine enragée d’absolu »...

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