Lettres et manuscrits autographes

vente live: lundi 12 décembre 2016 à 14h00
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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35
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4,000 - 5,000 euros
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Jean COCTEAU (1889-1963). Manuscrits autographes pour Discours du grand sommeil,...

Jean COCTEAU (1889-1963). Manuscrits autographes pour Discours du grand sommeil, [1916-1918] ; 37 pages formats divers (quelques rousseurs).

Important ensemble de manuscrits de poèmes du Discours du grand sommeil, un des textes majeurs du poète, et un des grands textes nés de la Guerre 14-18.

Le Discours du grand sommeil (1916-1918) est « directement issu de la guerre, et dicté par la mort du jeune poète Jean Le Roy (à qui il est dédié) et des fusiliers-marins de Nieuport, décimés le lendemain du départ de Cocteau.

L’épigraphe indique que ce long poème est “traduit […] de cette langue morte, de ce pays mort où mes amis sont morts”.

Dès lors, la poésie devient une confrontation avec la Mort, les pirouettes verbales ne sont qu’exercices de funambulisme dont la virtuosité masque la gravité et le danger. Le poète est “interprète”, “véhicule” d’un “texte emprisonné qui préexiste”. À côté de l’évocation de “l’usine à faire les morts” et de la vie du front, il voit apparaître les morts venant “par le tunnel du rêve” et qui lui parlent ; et cet “ange informe, intérieur” qui va désormais le visiter, et qui prendra bientôt les traits de Radiguet et le nom d’Heurtebise, messager de cet inconnu dont le créateur doit accoucher dans la solitude et la douleur. » (En français dans le texte, 352).

Le Discours du grand sommeil ne parut pas en volume, avant d’être recueilli dans Poésie : 1916-1923 (Gallimard, 1925).

Cet ensemble forme la deuxième moitié du texte, correspondant aux pages 426-451 des Œuvres poétiques de Cocteau dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (sauf la section en prose, « Visite », p. 444-446). * Tour du secteur calme.

C’est le noyau central du poème, et la plus longue section, autour de laquelle tout le poème s’est construit ; elle se divise elle-même en 5 parties.– Tour du secteur calme : « On a remplacé les coqs par des canons »… (4 ff. de papier crème, 30 x 20 cm, Pléiade p. 426-428). « On a remplacé les coqs par des canons contagieux. Ils se répondent de ferme à ferme »…

Le texte est soigneusement mis au net, sans rature, mais présente des variantes avec le texte définitif, ainsi que dans la ponctuation : ici « mon cher Gouy » (« mon cher Jean de Gouy »), « comme fit le roi Darius » (« comme Xerxès ») ; la 12e strophe compte ici 5 vers au lieu de 3 (nous en citons la fin) : « il part après, la flamme avant le bruit retarde. Il me faudrait aussi un microphone »...– « Partout l’aube glacée accouche »… (8 ff. de papier bleu gris, 31 x 22 cm, Pléiade p. 428-433.), en deux parties. « Partout l’aube glacée accouche Un seul canon rêve tout haut chaque minute. L’herbe [pâle] rare c’est le poil de la dune, des dromadaires »…

Le texte est soigneusement mis au net, avec trois ratures et corrections, dont celle citée ci-dessus au 4e vers, et des variantes : « chocs des Baccarats du pôle » (des « cristalleries du pôle »), « La Madeleine (« La Concorde ») débouche », etc., ainsi que deux passages intervertis.

La fin de cette partie comprend une avant-dernière strophe, disparue dans l’édition : « Terre aux délicatesses de poulpe Elle trille la chair humaine l’assimile d’abord vivante Sa bouche aux [bourrelets] lèvres de sacs mène vers des [sécrétions] digestions profondes »...Après un blanc (qui sera encore plus marqué dans l’édition), vient la seconde partie : « La nuit, l’Yser phosphorescent l’obus allemand au fond des boulevards, des magasins splendides »…– « C’était déjà Noël sans raisons »… (13 ff. de papier bleu, 25,5 x 16,5 cm, Pléiade p. 433-439). « C’était déjà Noël sans raisons. Cette nuit c’est Noël on attend quelque chose il y a trêve ; vous avez beau ne pas me croire On n’entend pas un coup de feu »…

Mise au net présentant quelques corrections, et des variantes par rapport à l’édition : « On se sent soutenu par / un moyen d’anges » (« On marche par un moyen d’ange. »), « en automobile » (« à Paris en automobile »), « aux grandes orgies » (« aux soirs d’orgies »), le nom d’Ossuet sera remplacé par Marrast, etc.

Il supprimera le premier vers d’un quatrain (devenu tercet) : « Et là c’est le silence des silences J’entendis un nouveau silence »…Cocteau introduira en outre dans l’édition de grands blancs pour diviser cette partie, ici d’un seul tenant.– « Capitaine ! mon capitaine ! »… (3 ff. de papier crème, 30 x 20 cm, Pléiade p. 439-441), sans rature ni correction : « Capitaine ! mon capitaine ! nous allons arriver. Quelle route ! »…– « Ce mort qui saute comment faire »… (2 ff. de papier crème identique au précédent, Pléiade p. 441-442). « Ce mort qui saute comment faire Je le tenais par le bras Son poignet vit ! Non, c’est sa montre »…

Les 2 vers suivants ont été biffés : « Je n’ai compris qu’en me penchant / sur sa figure » et remplacés par : « On reconnaît [la mort] à sa pose »...* Délivrance des âmes (1 f. de papier pelure, 31 x 23,5 cm, écrit sur deux colonnes, piq., Pléiade p. 442-443) « Au segment de l’Eclusette On meurt à merveille On allait prendre l’air dehors On fumait sa pipe, on est mort »…

De très nombreuses ratures et corrections préparent le texte de l’édition ; ainsi pour le 2e vers : « On meurt [sans rien sentir du tout] à merveille »...* Désespoir du Nord (4 ff., dont 3 sur papier pelure, le 2e sur papier crème, 31 x 23,5 cm, piq., qqs bords effrangés, Pléiade p. 447-448). « Ce soir je chante, fécond pour moi cygne Un bateau d’enfant Ophélie au fil de l’eau. Bats le lit, ô fée méchante ! Une aubade. »…

Mise au net sans rature ou correction, ni variante, sauf le sous-titre, supprimé au crayon : « Chant de la nuit bague faite pour moi seul ».Un feuillet supplémentaire, portant le titre et le sous-titre « Désespoir du Nord. Chant de la nuit – Bague faite pour moi seul », est recouvert des deux côtés de notes et brouillons au crayon, où Cocteau s’essaie à rédiger des adresses « en vers comme Mallarmé » : pour Félix Fénéon, Paul Laffitte…* L’adieu aux fusiliers marins (4 ff. de papier crème, 31 x 20 cm, Pléiade p. 449-451) : « On me rappelle dans la Somme Justement ce soir je devais rejoindre Marrast à la dune pour faire une patrouille »…

Cette mise au net, avec numérotation des strophes au crayon dans la marge (de 353 à 368), présente des ratures et corrections, toutes entérinées dans l’édition ; ainsi le premier vers : « J’ai reçu l’ordre de partir dans la Somme » a été biffé et remplacé par : « On me rappelle dans la Somme »...

Bibliothèque du professeur Millot (15 juin 1991, n° 61).

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