Lettres et manuscrits autographes

vente live: lundi 12 décembre 2016 à 14h00
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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38
Estimation
700 - 800 euros
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Jean COCTEAU. L.A.S. « Jean », Noël 1940, [à Albert Willemetz] ; 4 pages et quar...

Jean COCTEAU. L.A.S. « Jean », Noël 1940, [à Albert Willemetz] ; 4 pages et quart in-4.

Longue et intéressante lettre confidentielle relative à la distribution de La Machine à écrire, au futur dédicataire de la pièce.

[La Machine à écrire fut créée au Théâtre Hébertot le 29 avril 1941, par Gabrielle Dorziat (Solange), Jean Marais (double rôle de Pascal et Maxime), Jacques Baumer, Louis Salou et Michèle Alfa.]Il veut plaider « la cause de Dorziat qu’il faudrait inventer pour ce rôle si elle n’existait pas », car il est contre Yvonne [de Bray] qu’il admire pourtant davantage…

« 1° Pendant qu’Yvonne descendait, se dégoûtait, se faisait plaindre et oublier du public, Dorziat, mauvaise coquette de l’époque Bataille, montait et devenait à cause de Bernstein, de Giraudoux et de moi une grande comédienne que le public adore et que le cinéma rend populaire.

2° Ma pièce est très écrite – dans le sens que vous aimez – le sens “Sphinx”. Or Yvonne à l’école Bataille s’est faite au barbouillage du texte. Elle en invente la moitié et ajoute des “Na” et des “Ho” et des “Ben” qui m’étaient indifférents dans les Monstres [sacrés] mais qui enlèveraient à la Machine sa ligne inflexible.

3° Jean Marais dont l’instinct est sûr et qui rêve de jouer avec Yvonne, estime que dans ce rôle elle rendrait tout suspect, vicieux etc... genre “Venin” – qu’on nous reprocherait d’être “pourris” alors que l’ensemble doit être du feu et alors que Dorziat aurait, elle, la dignité, l’élégance, la tenue parfaite d’une femme qui a la pudeur du couchage.

4° Yvonne fait femme plus jeune, flétrie, avachie par les désordres. Dorziat fait femme plus vieille qui est restée jeune, mince, droite, fraîche, par discipline et ordre. Yvonne coupable de lettres anonymes ce serait terrible et laid. Dorziat, fière… etc... terrible et beau. Pour employer mon jargon que vous entendez si bien et qui vous amuse, je dirai que Dorziat est gruyère à trous et Yvonne cam[em]bert qui coule.

5° Jouvet n’a pas joué les Parents [terribles] à cause d’Yvonne. Il n’en voulait pour rien au monde dans son théâtre »... Enfin il invoque les sautes d’humeur d’Yvonne, sa mauvaise influence, ses trous de mémoire, son indifférence, ses insultes d’ivrogne et ses hurlements en coulisse... Il déplore que la salle du Palais-Royal se perde, et imagine des matinées de lecture de classiques : « de l’ancienne Athénée à Jouvet il y avait aussi loin et notre époque permet tous les coups d’État »...

Il ajoute que Willemetz avait raison « pour la fin inévitable […] et pour le départ de Margot. Je crois avoir trouvé une chose très jolie – Margot et Maxime recommençant à se disputer devant Solange et Fred – ils pensent dans leur tempête. Merci ».

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