LETTRES & MANUSCRITS AUTOGRAPHES

vente live: jeudi 17 octobre 2019 à 14h15
Hôtel Ambassador - 16 boulevard Haussmann, 75009 Paris
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BIZET (Georges). Lettre autographe signée [à l'éditeur musical Antoine de Choude...
BIZET (Georges). Lettre autographe signée [à l'éditeur musical Antoine de Choudens]. S.l.n.d. 4 pp. in-8. « Mon cher ami, je viens de causer avec votre fils et je m'aperçois que j'ai été idiot, samedi. Je vous en exprime tous mes regrets, mais ramenons les choses à leur véritable proportion, et pas de malentendu. 1° Et d'abord, mon opinion ne vaut que ce que vaut toute opinion individuelle, c'est-à-dire peu de chose. Je le prouve : Berlioz et Reyer sont de grands musiciens, or Berlioz trouVe la musique de Wagner abominable, Reyer la trouVe splendide – il est bien évident que l'un des deux se trompe complètement. Je ne suis encore ni Reyer ni Berlioz et je puis me tromper. 2° En admettant que je ne me trompe pas au point de vue artistique, il y a mille chances pour que le public ne soit pas de mon avis. Je le prouve : j'admire Les Troyens [opéra d'Hector Berlioz], le public ne les aime pas. J'adore La Statue [opéra d'Ernest Reyer], le public est tiède. Pour moi, Sapho [opéra de Charles Gounod] est un immortel chef-d'œuvre, le public n'y est pas venu. Enfin, si j'avais le même goût que le public, je n'aurais pas fait nos pauvre Pêcheurs de crevettes [son propre opéra Les Pêcheurs de perles], opéra qui a été, s'il faut, hélas, l'avouer, peu du goût du public. Requiescat in pace. 3° je n'ai jamais porté de jugement sur un opéra que je connais pas et qui peut être excellent. Sur 8 ou 9 morceaux que je connais, 3, à mon avis, sont admirables, 3 ou 4 insignifiants, le reste pas bien (vous voyez que je n'atténue pas mon 1er jugement), mais qu'est-ce que cela prouve contre les chances de succès ? Absolument rien. 4 ou 5 beaux morceaux, il n'en faut pas tant pour un grand succès, parbleu ! Nous le voyons tous les jours. Ne pensez donc plus à mon étourderie. Lorsque je cause avec vous, je me rappelle bien que je parle à un ami, à un artiste (car vous avec le sens artistique excellent, et vous êtes peut-être mieux placé que moi, musicien de profession, pour juger certaines choses), et j'oublie souvent que je m'adresse à l'éditeur. Or, ce sera un grand succès, je le désire avec toute l'ardeur que j'apporte lorsqu'il s'agit de vous et de votre excellente famille. Pas d'énervement, et faites activer. Voilà qui est plus important que mon opinion. Une fois pour toute, n'accordez pas trop d'importance à l'opinion des musiciens, même lorsqu'il s'agit des meilleurs – on a la main à la pâte, on Voit à un certain point de Vue, on juge à traVers un parti pris sans s'en aperceVoir, et l'on se fourre le doigt dans l'œil. C'est peut-être ce qui m'arrive. Je vous le répète, mon opinion n'a qu'un mérite, la sincérité. Mais si cela ne doit pas vous inquiéter, vous ne devez pas non plus m'en garder rancune. J'ai été franc avec vous, ce n'est pas votre rôle de me le reprocher. Je n'ai pas besoin de vous dire que cette lettre est confidentielle, non pas que je ne sois pas prêt à soutenir mes convictions, mais... Du reste, avec vous inutile d'insister sur ce point. Au café – mauvaise plume – gribouillage inutile, mais dicté par un bon sentiment que vous savez apprécier. Votre ami sincère et dévoué... ». « je suis un chef d'orchestre de carton... ».
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