Livres Anciens et Modernes

vendredi 8 juin 2012 à 14h00
Salle Rossini - 7, rue Rossini - 75009 Paris
Images du lot disponibles
7
Résultat
36,000 euros
Specialité
Autres thèmes
SAINT JEAN BAPTISTE.Graduel à l'usage d'un couvent de dominicaines. [Bologne, ve...
SAINT JEAN BAPTISTE.
Graduel à l'usage d'un couvent de dominicaines. [Bologne, vers 1330-1340].
Page manuscrite enluminée sur vélin (51 x 36 cm), encadrée.

SPLENDIDE INITIALE HISTORIÉE « A » SIGNALANT L'ALLELUIA D'UNE MESSE DE SAINT JEAN BAPTISTE. Celui-ci est représenté à deux reprises sur la page, probablement pour la messe de sa Nativité, qui se célèbre le 24 juin. Pourtant, la mélodie de l'alleluia notée ici est inhabituelle pour cette fête. De même, la pièce qui le suit — O Baptista mirabilis — est rare et a échappé aux grands répertoires de chants liturgiques du Moyen Âge. Sa forme rythmique en octosyllabes rimés est typique des compositions tardives : O Baptista mirabilis | communeraris angelis, | tu major sanctus ceteris | Christum ostendis populis (O Baptiste admirable, tu reçois la récompense des anges, toi, saint plus grand que les autres, tu montres le Christ aux peuples).
La première apparition connue de ce chant date de la décennie 1420, quand le compositeur Jean de Limbourg, appelé aussi Jean Vinandi, actif à Padoue et à Vicence, en fit un motet polyphonique. Or, ce manuscrit est indubitablement antérieur : c'est vers le milieu du XIVe siècle, vraisemblablement à Bologne, qu'il fut enluminé. L'équilibre des coloris de la grande initiale et de ses antennes marginales, atténuant l'opposition entre l'or, les bleus et les rouges éclatants par des gris, des jaunes et des blancs mats, sont particulièrement caractéristiques.
C'est aussi le cas des procédés suggérant l'imbrication spatiale des volumes et des plans, comme la barre du A s'accrochant à la lettre par un nœud et réapparaissant derrière l'autre montant du A par un enveloppement d'acanthes, ou l'usage de filigranes blancs pour donner de l'épaisseur aux aplats colorés, ou encore le contour capricieux de l'antenne peinte dans la marge inférieure. Mais l'enlumineur de cette page se distingue de la production bolonaise courante par l'interprétation personnelle et virtuose qu'il sait en tirer, notamment par la stylisation des acanthes, traitées comme un lambrequin multicolore, ou en doublant celle placée dans la marge inférieure par une langue bleue filigranée de blanc. Sa représentation de saint Jean Baptiste dans le désert montrant le Christ dans un nimbe doré est classique et, concernant le vêtement en poils de chameau qu'il lui fait porter, conforme au premier chapitre de l'évangile de Marc.
Il est plus surprenant de voir le saint représenté une seconde fois sur la même page dans la petite initiale O. Identifiable grâce à l'Agneau pascal qu'il désigne, Jean Baptiste est figuré imberbe et curieusement vêtu d'une tunique partie blanc et vert, coticée en barre de filets fleuronnés d'or brochant sur le tout, et d'une cape fascée de rouge et de bleu. Difficile d'expliquer le raffinement insolite de cet accoutrement : l'artiste se serait-il appliqué à vêtir le saint patron d'une église ou d'une ville avec les couleurs emblématiques du lieu ou les armoiries du commanditaire ? Le seul indice qu'il ait laissé sur cette page est la représentation au pied de saint Jean Baptiste au désert d'une dominicaine en prière, reconnaissable à sa robe blanche couverte d'une chape noire.
C'est sans doute dans un couvent de dominicaines en Italie du Nord qu'il faudra chercher l'origine de la composition liturgique O Baptista mirabilis et les allusions emblématiques ou héraldiques qui ont pu procurer au saint la mise bariolée qui contraste tant avec son traditionnel cilice. Partie peinte frottée, léger manque de peau.
En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies destinés au bon fonctionnement du site.